09/08/2026
DOULEURS DU PIED CHEZ LE CHEVAL : quand la “fourbure” masque parfois autre chose
Une confusion diagnostique plus fréquente qu’on ne le pense
La fourbure est l’un des diagnostics les plus redoutés en médecine équine. Dès qu’un cheval présente une douleur du pied, une démarche raide ou une difficulté à tourner, elle devient souvent la première hypothèse.
Pourtant, en pratique, la situation est plus complexe. Les données issues de l’imagerie avancée et les retours de terrain montrent que la douleur du pied chez le cheval est très rarement liée à une seule cause.
Dans de nombreux cas, ce qui est initialement interprété comme une fourbure correspond en réalité à une autre atteinte du pied, ou à une combinaison de plusieurs lésions.
LA DOULEUR DU PIED : un symptôme, pas un diagnostic
La difficulté principale vient du fait que la fourbure est un syndrome douloureux, et non une lésion unique facilement identifiable. Les signes sont souvent similaires à d’autres affections :
• raideur ou gêne locomotrice
• difficulté à tourner
• sensibilité sur sol dur
• report de poids
• boiterie fluctuante
Malheureusement ces signes ne permettent pas de distinguer précisément la cause.
QUAND LA FOURBURE N’EST PAS LA SEULE EXPLICATION
Plusieurs causes peuvent produire un tableau clinique très proche :
Les atteintes naviculaires peuvent provoquer une douleur chronique du pied, souvent discrète mais persistante, avec une gêne à l’effort et sur les cercles serrés. Elles concernent les structures profondes du pied (os naviculaire, tendon fléchisseur profond, ligaments associés) et peuvent évoluer sans lien direct avec le métabolisme.
Les ostéites de l’os du pied ou lésions osseuses profondes entraînent une douleur plus constante et profonde. Elles sont parfois associées à des fragments osseux ou à des zones inflammatoires localisées, pouvant passer inaperçues en radiographie standard.
Certaines atteintes tendineuses internes du pied peuvent également imiter une fourbure, avec une douleur diffuse, fluctuante et difficile à isoler cliniquement.
Dans ces situations, l’imagerie avancée (IRM) est souvent indispensable pour comprendre l’origine réelle de la douleur.
UNE RÉALITÉ CONFIRMÉE PAR IMAGERIE
Les études du pied en IRM montrent que la majorité des chevaux présentant une boiterie chronique du pied ont des lésions multiples impliquant plusieurs structures (os, tendons, ligaments).
Cela confirme que la douleur du pied est très souvent multifactorielle, et rarement limitée à une seule idée comme la fourbure.
LE PIÈGE DU DIAGNOSTIC UNIQUE
En pratique, la fourbure est parfois utilisée comme diagnostic “par défaut”, car elle permet d’expliquer rapidement la douleur du pied.
Ce raisonnement peut masquer d’autres problèmes :
• lésions structurelles du pied non métaboliques
• douleurs mécaniques chroniques
• atteintes naviculaires non détectées
• inflammation locale profonde
Conséquences : certains chevaux restent classés “fourbure chronique” sans amélioration durable.
CAS TERRAIN : poney de sport né en 2016
Ce poney présente une douleur chronique du pied ayant initialement conduit à une suspicion de fourbure par les vétérinaires.
Malgré cette orientation, l’évolution clinique reste atypique et peu répondeuse aux approches classiques de fourbure métabolique.
Les éléments relevés orientent plutôt vers une atteinte complexe du pied associant :
• une souffrance de l’os du pied avec suspicion d’ostéite
• la présence d’un fragment osseux
• une atteinte de type naviculaire
• une inflammation chronique locale
• un terrain digestif et métabolique perturbé
• des carences en acides gras essentiels impliqués dans la modulation de l’inflammation
Dans ce contexte, la douleur semble davantage liée à une atteinte structurelle du pied qu’à un syndrome endocrinien isolé.
Ce type de cas illustre une situation fréquente en pratique : une douleur du pied persistante peut être confondue avec une fourbure alors qu’elle relève d’une pathologie mécanique et osseuse complexe.
CE QUE MONTRENT LES CAS COMPLEXES
Dans les situations chroniques ou atypiques, on retrouve souvent une combinaison de facteurs :
• surcharge mécanique du pied
• inflammation locale persistante
• déséquilibres digestifs et métaboliques
• adaptation locomotrice prolongée
• lésions structurelles profondes
La douleur du pied devient alors un système multifactoriel plutôt qu’un diagnostic unique.
CE QUE DIT LA LITTÉRATURE VETERINAIRE : Les douleurs chroniques du pied sont rarement limitées à une seule chose
Une étude portant sur 79 chevaux présentant une boiterie chronique du pied a montré que 94 % des chevaux présentaient des lésions touchant plusieurs structures du pied lors d’une IRM.
Les lésions les plus fréquemment observées étaient :
• lésions de l'os naviculaire : 78 %
• bursite naviculaire : 57 %
• atteinte du tendon fléchisseur profond : 54 %
• atteinte des ligaments collatéraux : 39 %
Cette étude est particulièrement intéressante car elle montre que la douleur du pied est souvent multifactorielle et qu'une explication unique ne suffit pas toujours à comprendre le tableau clinique.
LES RADIOGRAPHIES NE REFLÈTENT PAS TOUJOURS LES LÉSIONS RÉELLES DU PIED
Une étude publiée dans Equine Veterinary Journal a comparé les mesures radiographiques du pied aux lésions effectivement observées à l'IRM. Les auteurs ont montré que certaines anomalies visibles sur les radiographies étaient associées à des lésions spécifiques du tendon fléchisseur profond, de l'os naviculaire ou des ligaments du pied. Toutefois, les radiographies seules ne permettaient pas de visualiser directement l'ensemble des lésions présentes.
Cette étude confirme qu'un cheval peut présenter des douleurs importantes alors que les clichés radiographiques semblent relativement peu alarmants.
L'imagerie avancée change fréquemment le diagnostic
Selon une r***e publiée dans le Journal of the American Veterinary Medical Association, l'IRM et le scanner ont profondément modifié la compréhension des boiteries équines.
Les auteurs soulignent que de nombreuses lésions responsables de douleurs chroniques ne peuvent être correctement identifiées par les seules radiographies ou échographies et que l'imagerie avancée permet souvent d'établir un diagnostic plus précis ainsi qu'un meilleur pronostic.
Le syndrome naviculaire est l'un des exemples les plus connus d'erreur ou d'insuffisance DE diagnostique
Dès les années 2000, plusieurs travaux ont montré que les radiographies du naviculaire présentaient une corrélation imparfaite avec les signes cliniques.
Des chevaux fortement douloureux peuvent présenter peu d'anomalies radiographiques tandis que d'autres montrent des modifications importantes sans boiterie significative.
Cette discordance explique pourquoi certaines atteintes naviculaires ou podotrochléaires sont identifiées qu'après réalisation d'un scanner ou d'une IRM.
CE QUE CELA SIGNIFIE SUR LE TERRAIN
Ces publications arrivent vers une même conclusion :
Un cheval qui présente une douleur chronique du pied n'est pas forcément atteint d'une fourbure isolée.
Dans de nombreux cas, plusieurs structures sont atteintes simultanément : os du pied, appareil naviculaire, tendon fléchisseur profond, ligaments ou tissus mous.
Lorsqu'un cheval ne répond pas au traitement attendu ou que le tableau clinique reste atypique, l'hypothèse d'une atteinte structurelle plus complexe mérite donc d'être envisagée.
Conclusion
La fourbure reste une pathologie majeure du cheval, mais elle ne doit pas devenir un diagnostic automatique dès qu’un pied est douloureux.
Dans de nombreux cas, la réalité est plus complexe, et implique des atteintes structurelles du pied parfois invisibles sans imagerie avancée.
La question essentielle à se poser n’est pas seulement : “Est-ce une fourbure ?”
mais plutôt : “Quelles structures du pied sont réellement atteintes et pourquoi cette douleur persiste-t-elle ?”
Photo : lena rinieri
Patricia Rinieri – Recherches, observations terrain et transmission autour de l’équitation, de la biomécanique et de l’approche naturelle de santé.
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References :
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https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/22339118/
de Zani et al., Correlation of radiographic measurements of structures of the equine foot with lesions detected on magnetic resonance imaging.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25580879/
Garrett K.S., When radiography and ultrasonography are not enough: the use of computed tomography and magnetic resonance imaging for equine lameness cases.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35544423/
Widmer et al., Use of radiography, computed tomography and magnetic resonance imaging for evaluation of navicular syndrome in the horse.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/10779069/
https://www.orthovetsupersite.org/abstract/magnetic-resonance-imaging-initial-active-stage-equine-laminitis-47