29/08/2026
En fin de semaine, nous avons reçu les résultats des tests ADN de Beauty des Bergers Ténébreux.
Sur le plan de la santé, Beauty est exempte des différentes maladies suivies par le club de race.
Comme son phénotype le montrait, Beauty est officiellement à poils longs. Elle est également porteuse du gène de la dilution du poil bleu, ce qui nous demandera d’être encore plus vigilants quant à ses futures portées.
Mais alors, que s’est-il passé pour que Beauty, mais aussi Blade et Brin's-Of-Life (renommée Bella), soient à poils longs et donc classés comme Tervueren, alors que suite aux tests effectués via la centrale canine seule Utopy est porteuse du gène ?
Avant de répondre à cette question, et aussi pour faire taire d’éventuelles mauvaises langues, nous allons expliquer un peu plus le lien extrêmement proche qui unit le Malinois et le Tervueren.
À la fin du XIXᵉ siècle, la Belgique cherche à créer une race nationale de chien de berger. Le 29 septembre 1891, le professeur Adolphe Reul fonde le Club du Chien de Berger Belge. Il étudie 117 chiens et constate qu'ils présentent un type assez homogène, avec principalement des différences de couleur et de longueur de poil.
Parmi ces chiens se trouvent Tom et Poes, deux bergers belges fauves à poils longs appartenant à M. Corbeel, un brasseur du village de Tervuren. Leur descendance, notamment leur fille Miss, deviendra l'une des bases historiques de la variété Tervueren.
Miss est ensuite accouplée avec Duc de Groenendael, un berger belge noir à poils longs. Leur descendance comprend notamment Milsart, un mâle fauve à poils longs. Miss est ensuite accouplée à nouveau avec son fils Milsart, donnant Mirza et Rosi, deux femelles fauves à poils longs. Ces lignées contribuent à fixer le type Tervueren. Les premiers Tervueren sont officiellement enregistrés en 1901.
En 1907, Milsart devient le premier champion Tervueren et, vers 1910, le type et le caractère de la variété sont considérés comme fixés. Le Tervueren se développe alors comme un chien polyvalent et de travail.
Au début du XXᵉ siècle, les variétés du Berger Belge commencent à être sélectionnées plus séparément. Le Tervueren est alors sélectionné comme berger belge fauve à poils longs, tandis que le Malinois devient le berger belge fauve à poils courts.
Mais les deux variétés restent génétiquement très proches.
Un exemple particulièrement célèbre date de 1921 : deux Malinois, Minox et Folette, ont produit une portée dans laquelle sont apparus des chiots à poils longs, dont Lakmé, Noisette et Jinox. Ces chiens ont ensuite joué un rôle important dans certaines lignées de Tervueren.
La Seconde Guerre mondiale a été catastrophique pour l'élevage du Berger Belge. Le Tervueren avait pratiquement disparu en Belgique à la fin de la guerre. À l'inverse, le Malinois avait beaucoup mieux résisté.
Et c’est précisément là que les Malinois vont devenir extrêmement importants pour la survie du Tervueren.
Le 21 octobre 1945, lors d'une réunion de la Section d'Élevage de l'Union Cynologique Saint-Hubert, des mesures sont prises pour permettre de reconstruire les effectifs du Berger Belge.
Parmi les accouplements désormais autorisés figure explicitement :
poils longs × poils courts.
C'est donc à partir de 1945, immédiatement après la guerre, que les Malinois prennent une importance majeure dans la reconstruction du Tervueren.
Parce que le problème n'était pas simplement de trouver des chiens « qui ressemblent à des Tervueren ».
Il fallait retrouver les caractéristiques génétiques permettant d'obtenir :
fauve + charbonné + poil long + masque noir + type Berger Belge.
Or, le Malinois possédait déjà une grande partie du patrimoine génétique recherché :
morphologie du Berger Belge ;
pigmentation fauve/charbonnée ;
masque noir ;
excellente sélection de travail ;
population beaucoup plus importante après la guerre.
Le caractère poil long étant récessif, deux chiens à poils courts peuvent être porteurs du gène et produire occasionnellement un chiot à poils longs.
C'est pourquoi des Tervueren à poils longs sont apparus spontanément dans certaines portées de Malinois. Ces sujets ont alors pu être utilisés pour reconstruire les lignées Tervueren.
Comprenez aussi que le Malinois, le Tervueren, le Groenendael et le Laekenois ne sont pas des races différentes, mais des variétés d'une seule et même race : le Berger Belge. Voir naître un Tervueren de l'union de deux Malinois, ou un Groenendael chez une union de Tervueren, n’est donc pas quelque chose d’extraordinaire. Il est d’ailleurs possible (avec l’accord du club de race) de réaliser des saillies entre variétés, comme Malinois x Tervueren.
Mais vous allez me dire : cela ne répond pas à la question concernant Beauty, Blade et Brin's-Of-Life.
Voici ce que nous savons. Utopy est porteuse du gène du poil long – jusque-là, rien d'anormal, me direz-vous. Rocky, en revanche, ne l'est pas... du moins pas selon le test standard effectué via la centrale canine.
En effet, pour le gène définissant la longueur du poil (FGF5), le laboratoire de la SCC teste habituellement le variant c.284G>T. Or, ce variant spécifique est absent chez Rocky, ce qui le classe comme « poil court ».
Mais il y a un « mais ». La génétique est plus complexe qu'il n'y paraît.
En 2009, une grande étude publiée dans la revue Science a confirmé le rôle de trois gènes majeurs (dont FGF5 pour la longueur) qui se combinent pour créer les différents types de pelages canins.
À partir de 2013, les recherches montrent qu'il n'existe pas une seule mutation, mais une hétérogénéité allélique. Cela signifie qu'il existe plusieurs variants différents du même gène FGF5 (appelés allèles Lh1, Lh2, etc.) selon les races de chiens. De nouveaux variants continuent d'ailleurs d'être découverts par les généticiens.
Ainsi, pour le Berger Belge, il faut également prendre en compte les variants suivants :
c.578C>T
c.556_571del
c.559_560dup
Le premier est le plus commun et le seul testé par la centrale canine, ce qui explique pourquoi Rocky a été identifié comme non porteur du gène pour le variant testé. Mais aux vues des résultats des tests effectués auprès du laboratoire Antagène, qui lui teste 4 variant du gène FGF5, il doit être porteur du variant c.559_560dup car Beauty est porteuse du variant c.284G>T retrouvé chez Utopy mais aussi du variant c.559_560dup.
C’est pourquoi, comme les résultats nous le montrent, Beauty (et par voie de conséquence, Blade et Brin's-Of-Life ) sont bien des Bergers belges à poils longs. Dès qu’ils auront l’âge requis ; s'ils doivent êtres confirmés, ils devront l'être comme Bergers Belges Tervueren.
(Nous aurions pu les déclarer Tervueren dès la naissance, mais sur les conseils du club de race, nous avons préféré les déclarer comme Malinois, comme le reste de la portée en attendant de pouvoir faire les tests sur Beauty).