20/10/2026
🐕 COMPRENDRE L’AGRESSIVITÉ CHEZ LE CHIEN
On distingue 14/15 type d'agressivité chez le chien. Un grognement au-dessus d’un objet, une charge au portail ou une morsure pendant une manipulation ne racontent pas nécessairement la même histoire. Avant de mettre en place un protocole, il faut décrire précisément ce qui se passe.
Votre chien peut menacer pour faire reculer quelqu’un, défendre un objet ou réagir à un contact. Plusieurs mécanismes peuvent se combiner. L’objectif est de comprendre chaque situation avant de choisir le travail à mettre en place.
Ce texte s’appuie principalement sur l'ouvrage " Le chien agressif ", de Joël Dehasse, vétérinaire spécialiste du comportement animal. Les exemples sont des illustrations pédagogiques.
▪️ RÉACTIVITÉ ET AGRESSIVITÉ
Que veut dire " mon chien est réactif " ?
Cette expression indique que votre chien réagit à quelque chose, mais elle ne décrit pas ce qu’il fait. Saute-t-il pour rejoindre une personne ? Recule-t-il ? Grogne-t-il ou tente-t-il de mordre ? Ces précisions sont nécessaires pour comprendre votre difficulté.
Joël Dehasse distingue la réactivité de l’agressivité. Il critique l’utilisation d’un mot à la place de l’autre : dire " réactif " ne suffit pas à expliquer un comportement agressif. Il évoque aussi la réactivité normale et l’hyperréactivité.
👉 La réactivité n’est donc pas forcément de l’agressivité.
Pour illustrer cette distinction : un chien qui répond rapidement à une demande, comme "assis" ou au rappel, réagit à un signal. Cette réponse n’a aucun lien nécessaire avec un comportement agressif. Il peut aussi réagir à une invitation au jeu ou à l’arrivée d’une personne familière.
Ce qui compte, c’est de préciser la nature de sa réaction. Le mot " réactif ", utilisé seul, ne permet pas de savoir si le chien manifeste de l’enthousiasme, de l’évitement, des menaces ou une tentative de morsure. L’hyperréactivité ne doit pas non plus être utilisée comme un simple synonyme d’agressivité.
▪️DÉCRIVEZ CE QUE FAIT VOTRE CHIEN
Au lieu de " il est réactif aux chiens ", vous pouvez noter : " Quand un chien arrive à environ dix mètres, il se fige, ferme la bouche, grogne puis bondit en bout de laisse. "
Autre exemple : " Quand il voit une personne connue, il saute et vocalise, puis se calme quand elle s’éloigne. "
En décrivant les actions, vous nous aidez à distinguer des situations qui se ressemblent parfois de loin.
🔹 ET LORSQU’IL SEMBLE AVOIR PEUR ?
Notez aussi ses tentatives de recul ou de fuite et les possibilités qu’il avait de s’éloigner. Ces observations seront plus utiles qu’une conclusion immédiate sur ce qu’il ressent.
Le terme " agression par peur " figure dans l’ouvrage de référence ; son auteur a ensuite contesté cette expression. Ici, elle sert à repérer une situation de défense face à une menace perçue.
Pour notre travail ensemble : dites-nous ce que votre chien fait, dans quelles circonstances et comment l’épisode se termine.
🔹 IRRITATION OU DOULEUR
Réponse à une contrainte, une manipulation ou une douleur, éventuellement anticipée.
Exemple concret : pendant qu’on sèche une patte, le chien tourne brusquement la tête et menace la main.
À observer : quelle zone est touchée ? Le changement est-il récent ? La réaction apparaît-elle avant le contact ?
Référence : Le chien agressif, p. 101-106.
🔹 DÉFENSE FACE À UNE MENACE PERÇUE
Défense face à une menace perçue, dans une situation jugée sans issue.
Exemple concret : un chien recule sous une table ; une personne continue d’avancer et tend le bras.
À observer : pouvait-il s’éloigner ? Qui a réduit la distance ? Que faisait-il avant la menace ?
Référence : chapitre « L’agression par peur », p. 107-110, à lire avec la précision terminologique donnée plus haut.
🔹 AGRESSION MATERNELLE
Protection de la portée contre une approche considérée comme menaçante.
Exemple concret : une chienne se place devant ses chiots et menace à l’approche d’un visiteur.
À observer : la réaction concerne-t-elle les chiots, leur lieu de repos ou d’autres contextes ?
Référence : p. 97-100.
🔹 AGRESSION DE POSSESSION
Défense d’un objet ou d’un individu dont le chien contrôle l’accès.
Exemple concret : un chien emporte un gant, se raidit lorsqu’on approche et grogne si l’on tend la main.
À observer : quel objet ? Quelle approche ? Est-ce identique avec chaque personne ?
Référence : p. 133-136.
🔹 AGRESSION COMPÉTITIVE
Conflit autour de ressources ou de relations sociales, entre chiens ou avec l’humain.
Exemple concret : deux chiens se bousculent devant une porte ; l’un menace quand l’autre tente de passer.
À observer : que se passait-il juste avant ? Le conflit existe-t-il aussi hors de cet endroit ?
Référence : p. 117-132.
🔹 AGRESSION PAR FRUSTRATION
Réaction à l’empêchement ou au re**rd d’un événement attendu.
Exemple concret : un chien empêché de rejoindre une activité commence à menacer un congénère voisin.
À observer : qu’attendait-il ? Qu’est-ce qui a été empêché ? Quelle était la cible initiale ?
Référence : classification p. 78.
Si plusieurs exemples vous rappellent votre chien, notez-les. Nous reprendrons chaque situation ensemble pour préciser les difficultés.
🔹 AGRESSION DE DISTANCEMENT
Maintien ou rétablissement d’une distance de sécurité avec autrui.
Exemple concret : en promenade, un chien menace une personne ; celle-ci change de trottoir.
À observer : distance de départ, trajectoire, réaction après l’éloignement : que peut-on décrire ?
Référence : p. 85-90.
🔹 AGRESSION TERRITORIALE
Réaction à une intrusion dans un espace défendu.
Exemple concret : un chien charge lorsqu’un visiteur franchit le portail, puis le suit en le menaçant.
À observer : le lieu suffit-il à déclencher ? Le comportement change-t-il à l’extérieur ?
Référence : p. 91-96.
🔹 AGRESSION ENTRE CHIENS HORS GROUPE
Conflit avec un congénère extérieur au groupe habituel.
Exemple concret : un chien côtoie paisiblement les chiens du foyer, mais menace certains inconnus.
À observer : quels chiens ? Quelle approche ? En laisse ou libre ? À quelle distance ?
Référence : p. 137-142.
🔹 PRÉDATION
Comportement de chasse dirigé vers une proie.
Exemple concret : un chien repère un animal dans un champ, le suit du regard puis part derrière lui.
À observer : noter la succession des actions, la cible et les conditions, sans recréer la scène.
Référence : p. 143-148.
🔹 AGRESSION DE POURSUITE
Poursuite d’une cible mobile, avec tentative de saisie ou de morsure.
Exemple concret : un chien court derrière une trottinette et tente de saisir le vêtement du conducteur.
À observer : le mouvement est-il nécessaire ? Quelles cibles déclenchent ? Y a-t-il saisie ?
Référence : p. 149-152.
🔹 AGRESSION REDIRIGÉE
Attaque d’une cible accessible à la place du déclencheur inaccessible.
Exemple concret : derrière une clôture, un chien menace un passant puis mord le chien situé près de lui.
À observer : distinguer le premier déclencheur de la victime effectivement touchée.
Référence : p. 111-114.
🔹 HYPERAGRESSION ET FORME INSTRUMENTALE
Des attaques plus directes et des morsures mal contrôlées ; certaines formes se développent avec les apprentissages.
Exemple concret : la famille rapporte des morsures devenues plus rapides, avec moins d’avertissements repérés.
À observer : comparer les épisodes : fréquence, avertissements observés, contacts et blessures.
Référence : p. 153-156 et classification p. 78.
🔹 AGRESSION SUR COMMANDE
Comportement d’attaque déclenché par un signal appris.
Exemple concret : dans un exercice encadré, un signal demande une saisie sur du matériel prévu à cet effet.
À observer : précisez tout apprentissage de saisie ou d’attaque lors de notre échange.
Référence : p. 157-160.
▪️QUE FAIRE EN ATTENDANT VOTRE RENDEZ-VOUS ?
Ne pas provoquer une réaction pour identifier sa catégorie. Éviter les contacts à risque, prévoir une séparation physique adaptée et ne pas laisser un enfant intervenir. Ne pas tenter d’arracher un objet ni de saisir un chien en plein conflit.
En cas de morsure, demander un avis médical pour la personne blessée. Une apparition brutale, une douleur possible ou une aggravation appellent aussi un avis vétérinaire. Signalez ces changements lors de notre échange afin que nous adaptions l’accompagnement.
▪️ DÉCRIRE UN ÉPISODE
Remplir après la situation, à partir de ce qui a réellement été observé. Ne pas la reproduire pour compléter les informations.
1. Le contexte : lieu, personnes et animaux présents, activité en cours.
2. Ce qui précède : approche, manipulation, objet, mouvement, bruit, empêchement…
3. Les comportements : décrire dans l’ordre le regard, l’immobilité, les déplacements, les vocalisations et les contacts.
4. Les distances et les possibilités de départ : qui s’est rapproché ? Le chien pouvait-il s’éloigner ?
5. La fin de l’épisode : qu’est-ce qui change ? Combien de temps avant le retour au calme ?
6. Les contacts et les conséquences : cible visée ou touchée, vêtement saisi, morsure, blessure, soins demandés.
À transmettre également : épisodes antérieurs, changements récents, état de santé et mesures de sécurisation déjà prises.
📚 SOURCES ET RÉFÉRENCES
• Joël Dehasse, Le chien agressif. Gestion du chien agressif en clientèle, Publibook. Le PDF disponible sur le site de l’auteur porte la mention « Publibook, Paris, 2002 ». Les pages indiquées ci-dessus correspondent à cette version.
https://joeldehasse.com/books/rc_images/le_chien_agressif_publibook.pdf
• Joël Dehasse, Stress, anxiété, réactivité : présentation de sa vidéoconférence 2020, distinguant notamment réactivité normale et trouble d’hyperréactivité. Texte de présentation consulté.
https://joeldehasse.com/formations/stressanxietereactivite.html
• Publications Facebook de Joël Dehasse :
« Agressivité et réactivité, synonymes ? Non, c’est FAUX »
https://www.facebook.com/Dr.Joel.Dehasse/posts/1246878853891708/
« Remplacer agressivité par réactivité »
https://www.facebook.com/Dr.Joel.Dehasse/posts/1648257593753830/
« L’agression par peur n’existe pas ! »
https://www.facebook.com/Dr.Joel.Dehasse/posts/1659514655961457/
▪️MÉTHODE ET LIMITES
Synthèse sélective, sans reproduction des cas cliniques ni des protocoles thérapeutiques. Les exemples, questions et fiche d’observation sont des propositions pédagogiques CCB. Ils n’établissent pas de diagnostic. Les positions de l’auteur sont attribuées comme telles ; ce texte n’est pas une revue du consensus scientifique actuel.
Document indépendant, sans validation ni affiliation de Joël Dehasse.
Centre Canin Boyer
www.centrecanin-boyer.com