28/08/2026
« Avec le nombre de chevaux chez vous, ils ne peuvent pas être heureux »
Il m’a plusieurs fois été fait cette réflexion :
« Avec le nombre de chevaux chez vous, ils ne peuvent pas être heureux. Leur bien-être n’est pas votre priorité. »
Je vais y répondre.
Oui, nos chevaux seraient souvent mieux dans une famille, dans un troupeau plus petit que nos 23 protégés.
Oui, ils auraient davantage de temps chacun pour être choyés.
Mais… ici, c’est un refuge.
Ce ne sont pas des chevaux que j’ai choisis pour vivre avec moi. Ce sont des chevaux qui ont eu besoin d’une prise en charge, et certains n’auront probablement jamais de famille.
Mais ce n’est absolument pas une raison pour ne pas prendre en compte leur bien-être.
Alors voici ce que j’ai mis en place, et surtout ce que les chevaux, eux, m’en disent.
Les 3F : Food • Friend • Freedom
🥕 Food : l’alimentation
Les chevaux sont nourris au foin à volonté, sec ou enrubanné, ou à l’herbe en pâturage tournant.
En hiver notamment, il y a un point de nourrissage pour deux chevaux afin que chacun puisse avoir accès à la nourriture.
Si un cheval rencontre des difficultés pour accéder au foin, il sera simplement changé de secteur afin de lui garantir un accès à volonté.
Les plus vieux, qui ne peuvent plus manger de foin, reçoivent des soupes 3 à 6 fois par jour.
Premier point de bien-être : 👍 ils mangent à leur faim.
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🐴 Friend : l’amitié
Le cheval, comme l’âne, est un animal grégaire : il vit en groupe.
À l’état sauvage, on retrouve différents types de troupeaux : par exemple, un étalon avec des juments et des poulains, ou encore des groupes de jeunes mâles célibataires.
Ici, nos chevaux mâles sont castrés. Cela n’empêche évidemment pas les comportements de mâle, mais ils sont généralement moins prononcés.
Alors, comment cela se passe-t-il chez nous ?
Au sein du grand troupeau, je les laisse choisir leurs affinités.
Le plus simple est finalement de leur faire confiance.
Nous voyons donc naturellement se créer plusieurs petits sous-groupes de deux ou trois équidés.
Alors oui, parfois il y a des frictions. Parfois aussi des besoins de jeu — surtout chez certains hongres lorsque le temps tourne à l’orage, ou chez les ânes lorsque les femelles sont en chaleur !
En hiver, les paddocks seront donc organisés en fonction des affinités.
Et il faut également prendre en compte que ces affinités peuvent évoluer.
Je l’ai notamment remarqué en cas de maladie.
Mon cheval Alf était très proche de Sade. Mais lorsqu’Alf est tombé malade, Sade a pris ses distances. Alf s’est alors rapproché de chevaux plus calmes comme Joe, Niggi et Nimbus.
À l’inverse, je peux prendre l’exemple de mes premiers équidés : mon cheval Rudra et mon poney Taz ont vécu longtemps ensemble.
On pourrait donc se dire : « Super, ils sont très proches ! »
Mais non…
Ils ne faisaient que se tolérer. Ils entretenaient une sorte de cohabitation cordiale, sans réelle affinité.
Ou actuellement mon poney Bali qui a perdu son meilleur ami Pepito en juin… il a tout ce qu’il faut en terme de nourriture, liberté, copains… mais il n’a pas son binôme, son ami comme a pu l’être Pepito pendant 6 ans… même s’il a tout ce qu’il faut sur le papier, son bien-être n’est pas total tant qu’il n’aura pas retrouvé son duo de cœur.
Et l’amitié humain/équidé dans tout ça ?
Ah… le rêve ultime de la fusion parfaite avec son équidé ! ❤️
Dans la nature, les chevaux n’ont évidemment pas besoin de nous.
Mais dans la domestication, ils dépendent de nous pour certaines choses : la nourriture et l’eau lorsque leur environnement ne leur permet pas d’en trouver suffisamment, mais aussi les soins.
Un cheval domestique vit généralement plus longtemps qu’un cheval sauvage. Cela implique donc un entretien régulier, notamment au niveau des dents et des pieds.
Il faut donc que le cheval accepte d’être manipulé.
Cela demande de la patience, de l’éducation et du respect mutuel.
Est-ce de l’amitié ? Pas forcément.
Au nombre de chevaux que j’ai côtoyés, certains ne m’ont jamais particulièrement appréciée, mais ont accepté les soins.
D’autres m’adorent, recherchent mon contact et viennent le demander.
Je propose des interactions : ils sont libres de les refuser, sauf dans certaines situations où les soins sont indispensables.
Par exemple, un cheval qui fait un bouchon œsophagien et qu’il faut sonder n’a malheureusement pas vraiment le choix !
Mais eux aussi peuvent me proposer des interactions.
Et moi aussi, je suis libre de refuser si je ne suis pas disponible ou si je ne suis pas d’humeur.
Le respect est donc mutuel.
C’est à la fois une question de relation apaisée, mais aussi de sécurité.
Mon rôle dans cette relation avec eux est avant tout de comprendre leur langage, de reconnaître les signes de bien-être ou de mal-être et d’agir en conséquence.
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🌿 Freedom : la liberté
Dans la vie domestique, on peut proposer une forme de semi-liberté.
Petite ou grande surface ?
Tout dépend de nos moyens, de notre région et des opportunités qui s’offrent à nous.
Ici, nous avons 7 hectares de terrain pour une vingtaine de chevaux et poneys.
Les terrains sont organisés en secteurs, eux-mêmes organisés sous forme de pistes.
C’est ce que j’ai trouvé de mieux pour leur permettre de bouger le plus possible.
Ils disposent d’un abri principal — le hangar —, de plusieurs abris supplémentaires ainsi que d’abris naturels.
Ils sont libres de choisir où aller, dans le respect des clôtures.
L’isolement en box est réservé aux chevaux qui ont besoin de soins ou qui ont simplement besoin de souffler lorsqu’ils ont un coup de fatigue.
J’ai choisi de ne pas leur imposer un endroit où rester, mais de leur laisser le choix.
Parfois à mon grand désespoir, d’ailleurs, lorsque je les vois dehors sous les arbres, la croupe au vent, alors qu’il pleut à verse ! 😅
La liberté est également une notion que je travaille dans les soins et lors des sorties.
Obtenir l’adhésion du cheval pour qu’il puisse être en liberté avec moi.
Est-il libre de refuser ?
Oui.
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Alors, sont-ils bien chez moi ?
Au vu de ces différentes notions, les équidés sont-ils bien chez moi ?
Oui.
Mais pas forcément tout le temps.
Parce que le bien-être n’est pas un état permanent. Il évolue, il se travaille et il nécessite d’observer constamment les animaux.
Comment le voir ?
Les chevaux sont en bel état et mangent à leur faim.
Ils ont une musculature correcte alors qu’ils ne travaillent pas, ou très peu.
Ils sont sociables.
Leurs postures sont généralement détendues.
Et parfois, ils me donnent eux-mêmes des réponses assez claires.
Une petite anecdote…
Lorsque Toupie, 31 ans, était au refuge, elle a fait une crise d’épilepsie et a détruit les clôtures.
Les 15 chevaux, ânes et poneys présents sont alors sortis.
Ils sont allés se promener en passant par la route…
Au pas tranquille !
Lorsque nous sommes arrivés à leur hauteur, ils ont fait demi-tour et sont rentrés dans leur parcelle complètement défoncée, visiblement bien contents d’avoir fait un petit tour.
Ils sont rentrés seuls.
Sans licol. Sans contention.
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Autre exemple : je sors régulièrement des chevaux en liberté dans le jardin, entre un et trois à la fois.
Au bout d’un moment, ils viennent à la clôture et hennissent pour rentrer.
Il est même déjà arrivé que certains, comme Gamin, 32 ans, ou Bali, 15 ans, cassent la clôture pour… rentrer !
Je crois que c’est un message assez clair. 😅
Mon objectif n’est pas la perfection
Alors oui, j’aimerais ne pas avoir à les sauver ou à les prendre en charge.
J’aimerais que chacun d’entre eux ait une famille bienveillante qui l’accompagne jusqu’à la fin de sa vie.
Mais certains ne seront probablement jamais adoptés.
Hermine, Gamin, Pepito… et d’autres.
Mon devoir est donc de prendre soin d’eux, du mieux que je peux.
C’est aussi pour cela que je me fixe une limite.
Parce que si je disais oui à toutes les demandes, il y aurait probablement une centaine de chevaux chez moi.
Et ce serait justement contraire à ce que je cherche à leur offrir.
Je ne me mets pas la pression de faire toujours plus.
J’améliore mon organisation pour me faciliter la tâche et ne pas m’épuiser malgré mon handicap.
J’accepte que parfois, je ne puisse pas en faire autant que je le voudrais.
Alors j’observe.
Je les écoute.
J’adapte.
Et je leur offre tout ce que je peux leur donner.
Parce que leur bien-être n’est peut-être pas parfait.
Mais il est au cœur de chacune de mes décisions.