11/04/2026
Et si nous parlions de la différence entre éduquer et enseigner……..
C’est le retour d’une personne en formation actuellement, qui a juste modifié quelques petites choses dans sa manière de se comporter au quotidien et a constaté que son chien, déjà en une journée, était plus calme, plus posé, qui m’a inspiré cet article..
Quand on parle d'éduquer un chien ou un enfant, la première image qui vient est presque toujours la même : quelqu'un qui sait, face à quelqu'un qui ne sait pas encore, et qui lui transmet, une leçon, un exercice, une consigne, une récompense, c’est à dire l’éducation comme transfert, où on verse quelque chose dans un récipient vide.
C'est une image rassurante pour celui qui enseigne, mais c'est une image fausse. Si nous regardons ce que nous savons faire, marcher, parler, lire les émotions des autres, naviguer dans un groupe social, ressentir ce qui est juste ou injuste, savoir quand parler et quand se taire, presque rien de tout cela ne nous a été enseigné. Cela s'est construit lentement, silencieusement, en vivant au milieu des autres tout simplement.
Dans la nature, personne n'enseigne. Pas au sens où nous l'entendons. Un lionceau n'assiste pas à des cours de chasse. Il traîne avec sa mère, il la regarde, il l'imite, il rate, il recommence, il ajuste et un jour, quelque chose s'est mis en place non parce qu'on le lui a expliqué, mais parce qu'il était là, au bon endroit, au bon moment, dans le bon groupe. Les jeunes orques apprennent à chasser en échouage en observant les adultes, parfois pendant des années, avant de tenter eux-mêmes. Les corbeaux transmettent l'usage d'outils d'une génération à l'autre sans jamais tenir une leçon. Les chimpanzés apprennent à casser des noix avec des pierres uniquement dans les groupes où cette pratique existe et pas parce qu'un adulte leur montre comment faire, mais parce qu'ils grandissent dans un environnement où cela se fait, où ils peuvent regarder, toucher, essayer à leur rythme.
Ce qui se transmet, ce n'est pas une information, c'est une imprégnation. Le jeune animal baigne dans un milieu vivant, peuplé de comportements, de codes, de façons d'être et il se construit dedans, comme une plante pousse vers la lumière sans qu'on lui dise dans quelle direction aller.
Les chiens errants ou libres, ceux qui vivent en groupes sans jamais avoir été "éduqués" par un humain, développent des comportements sociaux d'une grande complexité . Ils négocient, ils s'organisent, ils régulent les conflits, ils s'adaptent à des environnements changeants et parfois même hostiles. Personne ne leur a appris. Ils ont grandi dans un groupe, observé les adultes, intégré les codes par l'expérience directe, ajusté leur comportement aux réactions des autres.
Ce qui est particulièrement frappant, c'est que ces chiens apprennent aussi très vite à interagir avec les humains dans les cultures où cette cohabitation est ancienne. Pas parce qu'un humain les a formés, mais parce que cette relation fait partie du milieu dans lequel ils grandissent et ils l'absorbent.
Et pendant l'immense majorité de son histoire, des centaines de milliers d'années, l'être humain n'a pas connu l'enseignement structuré., pas de programmes, pas de salles de classe, pas de pédagogie formalisée. Et pourtant, les savoirs se transmettaient. Les techniques de chasse, la connaissance des plantes, la fabrication des outils, les rituels, les récits, les règles de vie en groupe, tout cela passait d'une génération à l'autre. Les enfants grandissaient au sein du groupe. Ils étaient présents dans la vie des adultes, pas mis à l'écart dans un espace dédié à l'apprentissage. Ils regardaient, participaient progressivement, imitaient, se trompaient dans des contextes où l'erreur n'était pas sanctionnée mais simplement réelle. Ils apprenaient parce qu'ils vivaient et pas parce qu'on leur enseignait.
Les anthropologues qui ont étudié les sociétés de chasseurs-cueilleurs encore existantes au XXe siècle ont tous relevé la même chose : les enfants ne sont quasiment jamais "instruits" au sens formel. Ils jouent, ils observent, ils imitent, ils participent. Et ils deviennent compétents, souvent bien plus tôt et bien plus naturellement que dans nos systèmes éducatifs.
Et les neurosciences confirment.
Ce n'est pas un hasard si le cerveau humain et le cerveau du chien sont tous les deux équipés de neurones miroirs, ces cellules qui s'activent quand on observe quelqu'un faire quelque chose, exactement comme si on le faisait soi-même. C'est le principe neurologique de l'apprentissage par imitation, et il est profondément ancien, profondément ancré dans notre biologie.
Le cerveau n'est pas fait pour recevoir des informations. Il est fait pour modéliser le monde en l'habitant. Chaque expérience vécue, chaque comportement observé, chaque interaction avec l'environnement vient remodeler les connexions neuronales progressivement, puis durablement, de façon bien plus profonde que n'importe quelle leçon. C'est ce qu'on appelle la plasticité cérébrale. Et elle fonctionne à plein régime non pas dans les contextes d'enseignement formel, ( voir article précédent sur l’apprentissage) mais dans les contextes d'immersion, de jeu, d'exploration, d'interaction sociale réelle.
Éduquer, c'est construire le milieu dans lequel l'individu va pouvoir se construire lui-même.L'apprentissage véritable ne se décrète pas mais se vit.
Pour un enfant, cela signifie l'entourer d'adultes dont les comportements sont cohérents avec ce qu'on souhaite lui transmettre, parce qu'il va les observer, les intérioriser, les reproduire bien plus sûrement qu'il ne retiendra une leçon. Cela signifie lui offrir des expériences réelles, des espaces d'exploration, des situations où il peut se tromper sans être puni ou réprimandé, où il peut observer sans être pressé, où il peut participer sans être jugé.
Pour un chien, c'est exactement la même chose. Un chien s'éduque en vivant dans un groupe cohérent, en observant des individus équilibrés, en ayant accès à des expériences riches et variées, en étant libre d'explorer dans un cadre sécurisant. Ce n'est pas une série d'exercices répétés jusqu'à l'automatisme, c'est une immersion dans un environnement qui lui permet de devenir ce qu'il est capable d'être.
Cette compréhension renverse beaucoup de certitudes. Elle dit que ce que nous sommes compte plus que ce que nous faisons. Qu'un chien ou un enfant ne retient pas ce qu'on lui dit, il retient ce qu'on lui montre, sans le savoir, simplement en vivant à nos côtés. Que la cohérence du milieu, la qualité des relations, la sécurité émotionnelle sont des facteurs bien plus déterminants que n'importe quelle technique éducative.
Elle dit aussi que l'erreur n'est pas un échec de l'éducation mais en est une composante essentielle, qu'un individu qui n'a jamais eu le droit de se tromper n'a jamais vraiment appris, que l'autonomie n'est pas une récompense qu'on accorde quand l'individu a "bien appris" mais quec'est la condition même de l'apprentissage.
Et elle dit, peut-être surtout, que le rôle de celui qui éduque n'est pas d'être un professeur mais d'être un milieu, un environnement vivant, cohérent, sécurisant, riche dans lequel l'autre peut se construire.
D’où l’importance au quotidien de « lâcher les baskets « à son chien, ce qui ne signifie pas tout laisser faire, mais de prendre en compte que si l’on veut un chien calme et équilibré, montrer soi même un tel comportement pourra l(aider grandement à le devenir et prendre en compte que se montrer agressif en grondant, en réprimandant ne fera pas de nous, cet environnement secure, dont il a besoin pour évoluer.
Cynothèque Formation - Corinne Martin
Formation en Comportement et Education Canine.
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