17/08/2026
Journée internationale du chat noir
Comme le mouton noir, il est celui qui se distingue négativement d’un groupe qu’on aimerait homogène. La différence fait tache, elle fait peur. On a imaginé des codes et dessiné des frontières, façonné ainsi nos esprits, borné nos comportements et sentiments, alors le particularisme fascine quand il est tenu à distance, dans un zoo ou derrière un écran, mais il rebute quand il s’invite dans notre sphère privée.
Le chat noir est un bouc-émissaire parmi de nombreux autres.
Tour à tour déifié et martyrisé, cet oiseau de mauvais augure garde une réputation délétère comme toute bestiole qui peut se fondre dans la nuit, en percer les profondeurs grâce à des capacités sensorielles que nous n’avons pas, en ressortir depuis n’importe quel trou de souris grâce à son agilité et ses déplacements en 3D.
Les chats entre eux n’ont pas ces comportements répulsifs, mais nous sommes une espèce évoluée. Nous, humains, avons mis en place des critères sociaux, et raciaux. Nous avons défini des standards, calibré les morphologies, jusqu’à l’excès (hypertypes, consanguinités). La sélection artificielle évoque les ascendants pour générer une lignée « conforme », mais confronte fatalement tous les individus de l’espèce à la race « pure ».
Le Maincoon est, de loin, le chat le plus représenté parmi les chats de race. Même si les chats de race comptent seulement pour 5% de l’ensemble des félins domestiques de France, ils s’affirment comme l’élite esthétique, à l’image de la haute gastronomie qui distribue les étoiles du bon goût.
Bête noire de ce mécanisme manichéen, le chat noir doit nous obliger à ce cas de conscience : la diversité n’est-elle pas une chance ? la confrontation à une identité phénotypique (l’apparence) différente n’est-elle pas une obligation morale ?
« L’étrangeté est le condiment nécessaire de toute beauté » écrivait Charles Baudelaire. Détachons-nous des prismes artificiels et des utopies virtuelles, remettons du sens et de la poésie dans nos vies, ouvrons nos cœurs aux chats noirs !
Par Nicolas Sergent, directeur de Vox Animae