15/08/2026
Quand l'attachement devient anxiété : Aquilaë.
Hier, j'ai réalisé une analyse comportementale auprès d'une jeune chienne-loup, Aquilaë.
Cette rencontre m'a encore fait comprendre qu'un chien peut être parfaitement bien dans ses pattes et pourtant rencontrer une véritable difficulté dans une situation très précise.
À mon arrivée, Aquilaë est venue spontanément à ma rencontre: Calme, posée, curieuse, sans agressivité ni crainte particulière.
Elle est sociable avec les humains, à l'aise avec les chiens, ok avec les chats et possède de très bonnes capacités d'adaptation.
Bref, une chienne qui, à première vue, ne présente absolument rien d'alarmant.
Mais lorsque son humain s'éloigne, tout change.
Elle se focalise immédiatement sur lui et cherche à le rejoindre. La séparation provoque chez elle une montée de stress importante, au point de tenter de trouver un passage pour sortir et retrouver son maître.
Ici ce n'est donc pas un problème d'obéissance. Ce n'est pas non plus une chienne qui fait sa tête de mule . Ni même une chienne qui cherche à embêter son humain.
C'est une chienne qui ne sait pas encore gérer l'émotion provoquée par la séparation.
Et c'est là que commence le travail de l'éducateur.
Nous n'allons pas chercher à casser le lien qui unit Aquilaë à son humain, bien au contraire.
L'objectif est surtout de lui apprendre progressivement qu'elle peut être bien sans être constamment à ses côtés.
Cela passe par de toutes petites étapes :
apprendre à rester dans une pièce pendant que son humain se déplace ;
travailler progressivement les signaux annonçant un départ ;
mettre en place des absences très courtes, parfois de quelques secondes seulement ;
augmenter la durée uniquement lorsque l'étape précédente est acquise ;
proposer des activités de recherche, de léchage ou de mastication réservées aux moments d'absence ;
créer un espace sécurisant qu'elle apprécie réellement ;
et ne jamais aller plus vite que ce que son état émotionnel lui permet.
Mais vouloir aller trop vite peut parfois faire reculer de plusieurs étapes, il faut bien prendre en compte cela, et adapter le travail en fonction.
Pour Aquilaë, nous avons également évoqué des activités complémentaires comme les balades éducatives, qui lui permettront de rencontrer ses congénères et d'enrichir son quotidien.
Et une autre piste particulièrement intéressante : le mantrailing.
Cette chienne possède de très belles capacités olfactives et semble naturellement passionnée par la recherche.
Pourquoi ne pas transformer cette aptitude en activité ?
Mais attention, il ne s'agit surtout pas de lui apprendre à retrouver son humain parce qu'elle panique lorsqu'il disparaît.
Le travail de recherche doit au contraire être réalisé dans un contexte ludique, calme et sécurisé, afin de développer ses compétences sans renforcer son anxiété.
C'est pour cela que j'aime faire des analyses comportementales complètes et poussées.
Parce qu'avant de chercher à modifier un comportement, il faut chercher à comprendre ce qu'il signifie pour le chien.
Et mon travail est aussi d'aider les maîtres à comprendre et surtout à prendre confiance en eux.
Derrière un chien qui aboie, qui détruit, qui fuit, qui tire, qui grogne ou qui ne supporte pas la solitude, il y a toujours quelque chose à comprendre.
Notre travail en tant qu'éducateurs, n'est pas simplement de faire disparaître le comportement qui nous dérange, il est de comprendre pourquoi le chien en est arrivé là, puis de lui apprendre progressivement d'autres façons de gérer ce qu'il ressent.
Chaque chien est différent et chaque histoire est différente.
Et parfois, le plus grand changement commence par le fait de regarder son chien autrement.