30/07/2026
Les vaches tombent et ne se relèvent pas en 2026 : Pourquoi ?
Cet été particulièrement chaud nous met à l'épreuve, tout comme l'environnement laitier et les vaches elles-mêmes. Depuis ma reprise, il y a trois semaines, je ne cesse d'être appelée pour des vaches couchées à la suite d'un accident dans le bâtiment. Certes, je constate depuis plusieurs années une fragilité morphologique grandissante, mais avec la canicule, c'est tout simplement l'hécatombe.
Plusieurs causes sont en jeu, et je souhaitais vous faire part de mes observations.
D'abord, on pense à l'environnement laitier, et notamment aux sols glissants: les bétons, qui portent à eux seuls une grande part de responsabilité. Mais, depuis quelques années, nous avons progressé sur leur qualité et leur entretien. Ce n'est donc pas LA seule cause des chutes.
Ensuite, on pense à la baisse d'appétit liée à la chaleur et, par conséquent, à la baisse d'énergie des vaches, entraînant de facto une fatigabilité plus importante. Dans la même catégorie, on peut ajouter l'abreuvement, généralement limité, puisque les bâtiments ne sont pas équipés pour fournir une quantité d'eau suffisante et un débit permettant à tout un troupeau de s'abreuver simultanément (notamment dans les systèmes avec salle de traite). La concurrence est rude. Les vaches chutent, se heurtent, se chevauchent et s'affrontent pour accéder à l'eau. Gare aux plus fragiles d'entre elles.
Une fois qu'elles ont peu mangé et peu bu, ce sont les courants d'air qu'elles recherchent. Dans certains bâtiments, des attroupements se forment. C'est un véritable bowling : les vaches en chaleur en sont la boule et mettent à terre les plus fragiles d'entre elles. Strike. Il y a également une fatigue qui s'accumule à rester statiques, immobiles toute la journée. Je le constate car j’ai eu un grand nombre de sciatique à traiter depuis ma reprise. On remarquera que, dans les bâtiments ventilés et brumisés, l'effet d'attroupement est moins visible.
J'en viens maintenant à la partie la plus alarmante, et à la véritable raison de ce texte. Pour moi, les causes énoncées précédemment sont relativement faciles et rapides à corriger. En revanche, depuis plusieurs années, je tire la sonnette d'alarme concernant les aplombs des vaches, et notamment ceux de la race Holstein, qui présentent de plus en plus de jarrets droits. Autrement dit, l'angle du jarret disparaît progressivement : ce qui devrait former un coude devient une ligne droite et, malheureusement, chez certains jeunes individus, le jarret est même « à l'envers ».
Pourquoi est-ce alarmant ?
Parce que la verticalisation des postérieurs entraîne une augmentation du risque de lésions squelettiques. Autrement dit : ruptures ligamentaires, lésions osseuses, déchirures musculaires… Bref, des atteintes qui conduisent, le plus souvent, à l'euthanasie de l'animal concerné.
Lorsque je me suis installée en 2019, je diagnostiquais environ une vache équasillée — c'est-à-dire tombée en faisant le grand écart — par semaine. En 2023, c'était environ deux vaches par semaine. Aujourd'hui, en juillet 2026, j'en vois entre quatre et six par semaine…
J'alerte déjà PHF depuis plusieurs années. On me répond qu'ils y travaillent en sélectionnant notamment de nouveaux critères de musculature sur la région fessière et la cuisse. J'imagine la note : 0/3. Je reste sceptique.
En consultant les catalogues des principaux organismes de sélection génétique que l’on côtoie tous quotidiennement, je suis choquée de constater que plus de 90% de leurs taureaux sont négatifs sur le critère de l'angle des jarrets. Les index vont de -0,1 jusqu’à -2,7. Ce qui est d’autant plus malsain chez certains organismes, c’est le côté caché des critères physiques. En première ligne dans la catégorie “membre” on verra du positif, mais en cherchant un peu plus loin, on découvre un critère angle du jarret négatif. C’est comme camouflé !
On me dira que cela ne représente pas grand-chose. Mais un petit écart sur une génération, puis sur sa descendance, puis sur la descendance de cette descendance finit par devenir un problème majeur. On me dira également que sélectionner davantage de muscle chez la vache laitière revient à produire moins de lait. Je répondrai que, pour produire du lait, il faut avant tout une vache debout sur ses quatre pattes.
Oui, je suis catégorique, parce que la race perd progressivement en résistance et en longévité.
Je joins à cet article plusieurs documents que j'ai publiés précédemment afin de vous éclairer sur les conséquences des jarrets droits.
Pour conclure, si j'étais éleveuse, je me poserais cette question : est-ce que je veux des vaches qui répondent aux critères d'un catalogue de race, ou est-ce que je veux des vaches physiquement adaptées à mon système laitier ?
Pour la plupart d'entre vous, ce que je vous présente aujourd'hui est nouveau. L'angle du jarret n'est pas un critère principal dans vos choix de taureaux et vous ne connaissez peut-être pas l'impact qu'il peut avoir sur la morphologie globale de vos animaux. C'est pourquoi il me paraît essentiel de vous en informer.
Je suis à votre disposition si vous avez des questions ou si vous souhaitez en savoir davantage.
Bien à vous,
Romane, votre ostéopathe animalière spécialisée en bovins