29/01/2026
Il s’appelait Simon.
Il est le seul chat de l’histoire à avoir reçu la médaille Dickin — l’équivalent animal de la Croix de Victoria, la plus haute distinction militaire britannique.
Et oui, il l’a pleinement méritée.
En mars 1948, Simon n’était qu’un chat errant maigre arpentant les docks de Hong Kong.
Il avait environ un an, était mal nourri, et survivait grâce aux restes trouvés entre les caisses du port.
Puis arriva le sloop britannique HMS Amethyst.
Un marin de dix-sept ans, George Hickinbottom, remarqua le petit chat noir et blanc qui mendiait de la nourriture. Il prit une décision qui allait entrer dans l’histoire navale : il le cacha dans sa veste et le fit monter à bord.
L’équipage comprit vite pourquoi garder Simon était une excellente idée.
Le navire était infesté de rats. Des rats audacieux, capables de ronger les cordages, de gâcher les réserves et d’empêcher les marins de dormir. Le problème menaçait réellement la santé de l’équipage et leur ravitaillement.
Simon se mit au travail.
En quelques semaines, les rats avaient disparu.
L’équipage l’adorait.
Il dormait dans la casquette du capitaine, se promenait sur les rambardes comme s’il possédait le navire, et laissait parfois un rat mort dans le lit d’un marin, comme « cadeau », pour prouver son sérieux.
Quand le commandant changea plus t**d cette année-là, l’ancien capitaine offrit Simon à son successeur, le lieutenant-commandant Bernard Skinner, qui s’attacha immédiatement au chat.
Puis vint avril 1949 — et la mission qui transforma Simon de mascotte en légende.
L’Amethyst reçut l’ordre de remonter le fleuve Yangtsé pendant la guerre civile chinoise afin de secourir un autre navire britannique. L’équipage s’attendait à des tensions.
Ils ne s’attendaient pas à une embuscade.
Le 20 avril, sans avertissement, des batteries communistes sur les rives ouvrirent le feu.
Les obus déchirèrent le pont, des explosions ravagèrent la passerelle.
Le navire fut touché plus de cinquante fois.
Le lieutenant-commandant Skinner fut tué.
Et dans le chaos, Simon fut grièvement blessé.
Des éclats d’obus transpercèrent ses pattes et son dos. Son corps fut brûlé. L’explosion était si puissante qu’elle pouvait percer plus de trente centimètres d’acier.
Le personnel médical trouva le chat agonisant et l’emmena à l’infirmerie. Ils nettoyèrent ses brûlures et retirèrent quatre éclats de son petit corps.
Personne ne pensait qu’il survivrait à la nuit.
Mais au matin, Simon était toujours vivant.
Meurtri. Balafré. Mais vivant.
Alors que l’équipage luttait pour maintenir le navire endommagé — désormais bloqué au milieu du fleuve en territoire hostile — une autre crise surgit.
La chaleur et l’humidité favorisaient la prolifération des rats, qui envahissaient les réserves déjà limitées.
Et c’est là que Simon, encore en convalescence, reprit du service.
Il chassa.
Il traqua.
Il combattit.
Dans son état, il aurait dû se reposer. Au lieu de cela, il affronta les rats qui menaçaient la survie de l’équipage.
Un rat particulièrement agressif, surnommé « Mao Tse-tung » par les marins, attaquait sans cesse les réserves.
Simon le tua.
L’équipage, admiratif, le promut au rang de « Able Seacat ».
Pendant 101 jours, l’Amethyst resta prisonnier du Yangtsé. Chaque tentative de départ se heurtait à l’artillerie chinoise.
L’équipage était épuisé, blessé, à bout.
Durant tout ce temps, Simon continua à œuvrer.
Il accompagnait l’officier de maintenance lors de ses tournées, rendait visite aux blessés et remontait le moral.
Il devint leur symbole de survie — un rappel qu’on peut tenir bon, même petit et blessé.
Un marin déclara plus t**d :
« La présence de Simon et son talent de chasseur de rats furent inestimables durant les mois de captivité. Dans une période terrifiante, il a remonté le moral de nombreux jeunes marins. »
Dans la nuit du 30 juillet 1949, l’Amethyst réussit une évasion audacieuse sous le couvert de l’obscurité. Après 101 jours, le calvaire prit fin.
Quand le navire atteignit la sécurité, Simon devint une sensation internationale.
Les journaux du monde entier racontèrent son histoire.
Des lettres affluèrent — tant que le lieutenant Stewart Hett fut nommé « officier du courrier du chat ».
Puis vint la plus grande reconnaissance :
Simon reçut la médaille Dickin — le premier et le seul chat de l’histoire à recevoir cet honneur.
Il reçut aussi la Blue Cross Medal et le ruban de campagne de l’Amethyst.
Lorsque le navire arriva en Angleterre en novembre 1949, Simon dut être mis en quarantaine.
Affaibli, il contracta un virus que son corps ne put combattre.
Il mourut le 28 novembre 1949, à environ deux ans.
Des centaines de personnes assistèrent à ses funérailles.
Il fut enterré avec les honneurs navals, son cercueil recouvert de l’Union Jack.
Sa pierre porte ces mots :
« Throughout the Yangtze Incident his behaviour was of the highest order. »
(Durant l’incident du Yangtsé, son comportement fut exemplaire.)
Simon prouva que le courage ne se mesure pas à la taille.
Il se mesure au cœur.