20/09/2026
Bientôt 20 ans d'écurie : Chroniques d’une amoureuse des chevaux, d’un rêve d’enfant!!
Vingt ans. Deux décennies. Autant dire que j’ai passé plus de temps les mains dans le foin et les boues d’hiver qu’à me rappeler à quoi ressemble une manucure propre.
Gérer une écurie, ce n'est pas un métier, c'est une secte magnifique et exigeante dont on ne ressort jamais vraiment (et surtout pas à l'heure du déjeuner).
Vivre au rythme des chevaux, c'est un privilège de chaque instant.
Partager leur quotidien, c'est savoir repérer le moindre poil de travers, un œil un peu cerné, ou comprendre pourquoi "Tonnerre" a décidé de faire grève dans son box un mardi de tempête.
Veiller sur eux, c'est une responsabilité douce et lourde à la fois. Mais disons-le franchement : entre les soins, les bobos, le foin à commander et les propriétaires à rassurer, le cheval est parfois le pensionnaire le plus facile de la maison !
Parce qu'à côté de ça, il y a la vraie vie : celle d'une cheffe d'entreprise qui jongle avec des factures, des imprévus météo et une précarité financière chronique qui fait douter mon banquier à chaque fin de mois.
Gérer une écurie, c'est devenir un exosquelette vivant entre la comptabilité, la logistique et la diplomatie avec des clients parfois perchés.
Et puis, cerise sur le gâteau ou plutôt crottin sur le tapis du salon : je suis aussi mère au foyer. Le soir, après avoir trimé par -5°C sous la pluie horizontale ou sous une canicule écrasante avec des courbatures dignes d'un marathonien, je rentre enfiler ma cape de maman. Prête à écouter le récit passionnant de la journée d'école, à préparer le dîner tout en répondant à un message d'un propriétaire inquiet parce que son poney a éternué.
Mais au-delà des courbatures et des comptes, il y a ce qui pèse le plus lourd : le cœur.
Vingt ans à vivre au milieu d'eux, c'est tisser des liens invisibles mais d'une force inouïe. Il y a ces départs, quand un cheval quitte l'écurie : ce déchirement intime, l'impression qu'on vous arrache un morceau de votre quotidien, alors même qu'il faut sourire et souhaiter bonne route à ses nouveaux propriétaires.
Et puis il y a les deuils. Ces pertes brutales ou insoutenables, ces adieux qu'on ne comprend pas, qu'on accepte encore moins, où l'on se sent si impuissante malgré toute la science et l'amour du monde. Des chagrins immenses qu'on avale en silence, parce que le lendemain, à 7h du matin, les autres attendent leur foin, et qu'il faut bien sécher ses larmes pour aller bo**er.
Côté physique ? Parlons-en. Mes articulations ont leur propre météo, mes mains racontent des histoires de nœuds de longes et de brouettes trop lourdes, et mon dos a signé un CDI avec la douleur. C'est un métier de titan, physique, où la sueur et la poussière sont des accessoires de mode quotidiens.
Le pire dans tout ça ? La perception des gens. Vu de l'extérieur, c'est souvent idéalisé : "Ah, tu habites le rêve, tu caresses des poneys toute la journée dans la nature !" Oui, bien sûr. Entre deux crises de coliques à 3 heures du matin dans le froid, et la lutte permanente pour boucler le budget, j'avoue que la vie de château me tend les bras.
Mais malgré les galères, les larmes, la fatigue chronique, les bleus et les doutes... je signerais pour 20 ans de plus. Parce que ce grand huit émotionnel n'a pas d'égal, et que regarder un cheval s'apaiser sous mes yeux, c'est la plus belle des récompenses.