25/05/2026
BAUCHER, D’AURE ET FILLIS: LA FAUSSE GUERRE DES ÉCOLES
⚠️ Attention : cet article propose une analyse personnelle et une interprétation historique des différentes écoles équestres françaises. Il ne prétend pas détenir une vérité absolue, mais ouvrir une réflexion sur l’évolution des doctrines et leurs points de convergence possibles.
LÉGENDE ILLUSTRATION :
« Pendant que Baucher et d’Aure se disputent encore la vérité absolue… Fillis lève les bras en cherchant l’union des principes, tandis que La Guérinière, du haut des nuages, sourit devant cette éternelle querelle des écoles.
Car au fond, la grande équitation ne naît pas de la division… mais de l’intelligence du mouvement, de la légèreté et de l’harmonie. »
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L’histoire de l’équitation française du XIXe siècle est souvent racontée comme une opposition irréconciliable entre deux grands courants : celui de Baucher et celui de d’Aure.
D’un côté, les flexions, la légèreté et la recherche de disponibilité ; de l’autre, le mouvement en avant, la locomotion et la mise sur la main.
Pourtant, lorsque l’on observe réellement les chevaux aboutis de ces maîtres et non les caricatures construites par certains disciples ou par l’histoire moderne, les frontières deviennent beaucoup moins rigides qu’on ne le croit.
Et c’est précisément là que James Fillis occupe une place fascinante : il apparaît presque comme un pont entre ces écoles.
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Baucher : la maîtrise de la légèreté
François Baucher bouleverse profondément l’équitation de son époque en plaçant au centre du dressage :
* les flexions,
* la cession de mâchoire,
* la mobilité de l’encolure,
* la suppression des résistances,
* la finesse des aides.
Son objectif est clair :
obtenir un cheval léger, disponible et totalement soumis aux aides discrètes.
Chez Baucher, la mise en main repose avant tout sur :
* la décontraction,
* la disponibilité de la bouche,
* la finesse du contact,
* la précision du contrôle de l’équilibre.
Mais il existe un point souvent oublié aujourd’hui :
dans certaines phases finales de son dressage, Baucher pratiquait ce qu’il appelait le ramener outré.
Cette attitude très fermée avait pour objectif de :
* fixer l’attitude,
* stabiliser l’équilibre,
* renforcer la disponibilité de l’encolure et de la bouche.
Il ne s’agissait pas forcément d’un enfermement permanent du cheval comme certaines caricatures modernes le laissent croire, mais cette recherche d’attitude très ramenée influencera durablement certains courants baucheristes.
C’est aussi ce qui créera une différence importante avec Fillis.
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D’Aure : l’équitation du mouvement
Face à Baucher, Antoine Cartier d’Aure défend une vision plus tournée vers la locomotion.
Pour lui, le cheval doit avant tout :
* avancer,
* fonctionner librement,
* conserver de l’impulsion,
* développer une locomotion énergique et naturelle.
Il critique ce qu’il considère comme un excès de contrôle de la main et une équitation parfois trop statique.
C’est dans cette logique qu’apparaît progressivement la notion moderne de :
“mise sur la main”
Le cheval vient prendre le contact vers l’avant dans une connexion locomotrice plus continue avec la main du cavalier.
Mais contrairement à certaines idées modernes, le cheval terminé de d’Aure ne devait pas devenir lourd ou appuyé.
Au contraire.
Il devait lui aussi devenir :
* léger,
* équilibré,
* auto-porté,
* fin dans sa bouche.
La différence avec Baucher concernait surtout :
* le chemin pédagogique,
* la gestion du contact,
* et la manière d’obtenir cet équilibre.
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Mise en main ou dans la main contre mise sur la main
Cette distinction est fondamentale dans l’évolution du dressage.
La mise en main classique française
(issue de Versailles, de Baucher et en partie de Fillis)
recherche :
* la légèreté de bouche,
* la disponibilité,
* des aides discrètes,
* un contact subtil,
* une autonomie du cheval.
Le cheval “se porte”.
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La mise sur la main
(développée davantage chez d’Aure puis dans le dressage moderne)
recherche :
* un cheval venant vers le mors,
* une tension locomotrice continue,
* une connexion stable entre l’arrière-main et la main.
Le cheval “vient sur la main”.
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Fillis : une synthèse plus moderne
James Fillis reprend énormément des principes de Baucher :
* les flexions,
* les cessions de mâchoire,
* la légèreté,
* la précision des aides,
* le tact de la main.
Mais contrairement à certains baucheristes, Fillis ne recherche pas le ramener outré.
Ses chevaux restent globalement :
* plus ouverts,
* plus mobiles,
* plus athlétiques,
* plus locomoteurs.
Chez lui, l’attitude reste liée au mouvement général du cheval et non à une fixation artificielle de l’encolure.
La mise en main doit venir :
* de l’équilibre,
* de l’engagement,
* de la locomotion,
* de l’activité du corps entier.
C’est probablement ce qui rapproche indirectement Fillis de certaines idées de d’Aure.
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Une adaptation plus moderne de la tenue des rênes
Fillis apporte également une évolution importante dans l’utilisation des rênes de bride.
La tradition versaillaise utilisait une tenue très académique des rênes à la française, héritée de l’ancienne équitation classique.
Fillis va adapter cette tenue pour une pratique plus moderne et plus fonctionnelle.
Il conserve :
* la finesse de la main française,
* la précision des actions séparées,
* le tact subtil sur le mors,
mais avec une tenue plus adaptée :
* à la locomotion moderne,
* à l’équitation militaire,
* au travail dynamique,
* et à une équitation plus mobile.
Cette évolution technique est souvent sous-estimée, alors qu’elle participe justement à cette idée de synthèse entre tradition classique et modernité équestre.
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Une opposition souvent caricaturée
Avec le temps, l’histoire a simplifié les choses :
* Baucher serait devenu “le maître des flexions ”,
* d’Aure “celui des chevaux sur la main”.
La réalité historique est beaucoup plus subtile.
Tous ces grands écuyers recherchaient finalement :
* l’équilibre,
* l’auto-portance,
* la légèreté réelle,
* la finesse des aides,
* la disponibilité du cheval.
Leurs divergences portaient surtout sur :
* la progression pédagogique,
* le rôle de la main,
* le rôle du mouvement,
* et la manière de construire l’équilibre.
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Conclusion
L’opposition entre Baucher et d’Aure a profondément marqué l’histoire de l’équitation française.
Mais James Fillis démontre qu’il est possible de dépasser cette rivalité doctrinale.
Son équitation conserve :
* la finesse neurologique et la légèreté de Baucher,
* sans perdre le mouvement et l’activité chers à d’Aure.
Et surtout, Fillis semble avoir refusé certaines dérives d’attitudes trop fermées en conservant des chevaux plus ouverts, plus locomoteurs et plus vivants.
Peut-être est-ce finalement cela la grande leçon de ces maîtres :
la légèreté ne peut exister sans mouvement,
et le mouvement ne peut devenir juste sans légèreté.
Allege Ideal - Association pour la Légèreté en Equitation
Stéphane Morai
Jean Pierre Tuloup
Guillaume Henry
Nicolas Sanson Pro