06/06/2026
LES DYSTOCIES EN ELEVAGE LAITIER : UN ETAT DES LIEUX
Référence : Tsaousioti, A. et al. Dystocia in Dairy Cows and Heifers: A Review with a Focus on Future Perspectives. Dairy 2024, 5, 655–671. https://doi.org/10.3390/dairy5040049.
Par dystocie, il faut comprendre un vêlage qui nécessite une intervention manuelle. Divers systèmes de scores (échelle de 2 à 5 degrés) ont été définis pour caractériser un vêlage. L’utilisation d’un score à 3 degrés devrait faire l’unanimité (1 : pas d’intervention, 2 : traction légère, 3 : traction forte voire intervention chirurgicale) pour non seulement caractériser la prévalence des dystocies mais également en étudier les conséquences.
La prévalence des dystocies dépend donc du score utilisé mais également de causes propres à l’animal. Elle est comprise entre 33 et 41 % chez les primipares et entre 6 et 13 % chez les pluripares.
La dystocie constitue une des principales situations douloureuses pour l’animal, les boiteries en constituant une seconde. Elle contribue à augmenter le risque de mortalité mais également de rétention placentaire et d’infections utérines et à terme d’infertilité, de réduction de la production laitière et de la longévité.
La prévalence des dystocies diminue avec le numéro de lactation. Elle est plus élevée lors de la naissance d’un veau mâle que femelle, la dysproportion foetpo-maternelle en constituant la principale cause. Cette prévalence a diminué avec le temps conséquence du recours à la sélection phénotypique et génomique mais aussi au sperme sexé femelle utilisé actuellement pour 30 % des inséminations.
L’héritabilité de la dystocie est faible et relève davantage de la génétique du veau (0.08 à 0.12) que de la mère (0.04 à 0.08). Il est vraisemblable que le recours de plus en plus fréquent à du sperme de races à viande va contribuer à augmenter la prévalence des dystocies surtout s’il n’est pas utilisé sur des vaches dont le mérite génétique laitier est moindre ou si son choix ne prend pas en compte la facilité de vêlage.
On le sait la production in vitro d’embryons augmente de manière exponentielle. Ces embryons contribuent à augmenter le risque de dystocie, le poids des veaux ainsi obtenus étant 25 à 41 % supérieurs à ceux provenant d’embryons in vivo ou de l’insémination. Ce syndrome appelé LOS (large offspring syndrome) est connu depuis de nombreuses années. Son impact réel sur lerisuede dystocies mériterait d’être davantage investigué.
La gémellité est également un facteur de dystocie. Sa prévalence est positivement corrélée à celle de la production laitière, celle-ci étant responsabled’une diminution de la progestéronémie, associée au risque de double ovulation. A contrario, le recours à des protocoles de synchronisation tels le double OvSynch a pour effet de réduire la prévalence tout comme la réforme éventuelle de l’animal, la gémellité étant répétable.
La pelvimétrie interne et externe voire la tomographie devraient permettre d’identifier les animaux à risque. La mesure échographique du boulet semble donner des résultats contradictoires. L’échographie 3D offre des perspectives intéressantes. Un pronostic de dystocie pourrait être établi sur base du dosage de la progestérone ou des oestrogènes ou encore de la relaxine (sa concentration est multipliée par quatre le jour du vêlage), hormone impliquée dans la relaxation du tractus génital dont la vulve.
Divers systèmes d’aides à la détection ont été proposés pour pallier à un éventuel manque d’expérience de l’éleveur ou du … vétérinaire. La majorité de ces systèmes visent à identifier la phase 1 du vêlage (phase de préparation). Plus rares sont ceux qui identifient la phase 2 (phase d’expulsion). Ils font appel au bon vieux thermomètre mais aussi à divers types de capteurs permettant de suivre en continu la température mais aussi diverses modifications comportementales telles le nombre de pas, les positions couchées, les mouvements des mâchoires, de la queue, les déplacements du cou, l’ingestion alimentaire. Le recours à ces systèmes d’aide serait de nature à mieux identifier le moment du vêlage et à réduire le risque de dystocie et de mortalité néonatale.