18/05/2026
[Une histoire d'éleveur 😌🙂]
Récemment, j’ai accueilli un couple de potentiels adoptants à la maison.
Hélas, la visite a été catastrophique.
Les chiens adultes n’arrêtaient pas d’aboyer à l’arrivée du couple.
— “Enfin, c’est bruyant… mais bon, ça va,” disait la dame à son compagnon, comme pour se rassurer.
Afin d’apaiser la visite, j’ai demandé aux adultes d’aller à leur place, et ils se sont exécutés comme des chefs. Je les ai installés dans leur enclos le temps de poursuivre la rencontre plus calmement.
— “Ah… donc ce sont des chiens qui vivent en cage ?” s’est exclamée la dame.
Un peu déstabilisée par cette remarque, j’ai expliqué maladroitement que nos chiens vivent dans la maison, principalement installés sur le canapé — leur royaume (Hé oui)— avec un accès direct aux champs où nous les promenons chaque jour. Mais cette explication paraissait contradictoire avec le fait que mes adultes s'étaient assis dans leur enclos presque mécaniquement.
Après cette entrée compliquée, je leur fis visiter les tout petits, ceux de 25 jours pour lesquels ils avaient fait le déplacement.
— “Bon… elle est quand même mignonne hein ? Regarde…” souffla la dame à son compagnon, en tenant le chiot.
— “C’est donc la seule qu’il vous reste ?” enchaîna-t-elle, visiblement peu convaincue.
Je répondis oui, observant cette scène avec ce mélange d’espoir et de gêne que connaissent parfois les éleveurs lors des visites.
Consciente de leur déception face à cette petite dernière, je leur proposai alors de rencontrer les plus grands, ceux de six semaines, bientôt prêts à quitter leur nid.
Une légère odeur flottait dans la pièce malgré le nettoyage et la désinfection faits juste avant la visite. Mais aucune remarque ne fut faite, malgré mon énième gêne. Car a ce moment-là, la maman des chiots décida simplement… de les allaiter.
— “Mais enfin, la mère allaite encore ?” lança la dame, presque outrée.
— “Oui… ils n’ont que six semaines, c’est parfaitement normal,” répondis-je, une fois encore en ayant l’impression de devoir justifier des comportements pourtant naturels.
La femme n'en demeurait pas moins outrée et je compensais mon malaise en prenant des chiots à bras, assurant à quel point (et c'est vrai) j'en étais attachée)
Après une bonne demi-heure, le couple est reparti en disant qu’il “allait réfléchir”.
De mon côté, je me suis repassé la visite en boucle, avec cette impression de ne pas avoir été à la hauteur...
Avais-je eu tort de mettre les adultes dans leur enclos le temps de la visite ?
Avais-je donné l’impression qu’ils vivaient enfermés ?
Les aboiements traduisaient-ils une mauvaise éducation ?
Aurais-je dû éloigner les mères pour cacher ces instincts primaires qui précèdent toute adoption ?
Jamais une visite ne m’avait autant fait douter et ne m'avait fait penser que j'étais une éleveuse donnant piètre image, accueillant des gens dans une maison où les visite étaient désagréables. Je réfléchissais en vain à la manière d'écarter au mieux mon cheptel d'adultes pour les autres occasions (afin de minimiser le bruit), de trouver un detol plus parfumé pour la désinfection (afin de minimiser les odeur). Cette seule visite en compagnie de personnes outrées, paraissant choquées, a minée toute ma confiance en moi.
Je me sentais dans le besoin de clarifier ma posture et me convainquant de certaines choses.
- Dans notre maison, il y a du bruit.
Nos chiens aboient quand des inconnus entrent chez eux. Ils protègent leur territoire, ils vivent. Ils sont chez eux.
Je fais en sorte d'adoucir le bruit en les écartant momentanément mais ils restent chez eux. La visite d'un élevage sera toujours bruyante.
- Dans notre maison, il y a parfois des odeurs.
Les chiots ne sortent pas avant leur primo-vaccination. Ils apprennent la propreté progressivement, avec notre patience et nos nettoyages quotidiens
- Dans notre maison il existe des instincts basiques. Les mères restent avec leurs chiots jusqu'à 8 semaines au moins.
Elles allaitent, rassurent, éduquent et sociabilisent leurs chiots jusqu’au sevrage. Nous accompagnons cette transition, naturellement.
Finalement,
- Dans notre maison, il y a des chiens heureux.
Des chiens qui ont leurs espaces, leurs habitudes, leurs émotions.
Des chiots qui salissent, qui tètent encore leur mère, qui découvrent le monde et apprennent l’autonomie.
Il y a du bruit, des odeurs, des enclos de confort, des besoins, de la vie.
Et c’est précisément ainsi que nous choisissons de les élever.
.................
Le couple n’a jamais repris contact avec moi concernant ce “seul chiot qu’il me restait”.
Quelques temps plus t**d, un couple avec deux enfants est venu rencontrer le bébé. Cette fois, il n’y avait ni jugement hâtif ni attentes décalées, seulement des regards attentifs, des questions simples et une vraie curiosité.
Ils m’ont demandé, presque timidement, si j’acceptais de leur confier un chiot. Évidemment !
Et c’est ainsi que ce petit être, que d’autres avaient regardé avec réserve, a finalement trouvé une famille qui l'attend...!
C'est ainsi que je confie un chiot sans avoir l'impression d'être scrutée, dans toute ma dignité de petire éleveuse familiale qui aime profondément ses petits.