Site Web Contacter l'entreprise

JUNO Z Journal intime d'un "cheval de sport".

JUNO Z, journal intime d’un « cheval de sport ».Chapitre 4 : Au bout de la longe, un cœur qui s’ouvre Chronique d’une co...
27/01/2026

JUNO Z, journal intime d’un « cheval de sport ».

Chapitre 4 : Au bout de la longe, un cœur qui s’ouvre
Chronique d’une confiance retrouvée

Plus d'une semaine que j'avais posé mes sabots en Bourbonnais, et déjà le passé, avec ses cinq années de vide, commençait à pâlir comme un mauvais rêve au réveil. Ici, tout respirait la douceur : le bois tiède de l'écurie, la litière qui sentait la sciure fraîche, l'herbe grasse piquetée de petites fleurs au goût de friandises, et cette eau minérale au fond de l'abreuvoir, claire et vive, qui semblait descendre tout droit des montagnes voisines. Quand je levais la tête, par-delà les prés, une grande masse se découpait à l'horizon : le Puy de Dôme, planté comme un géant paisible au milieu des pâturages. Je n'avais jamais rien vu d'aussi tranquille, d'aussi rassurant.

Je vivais littéralement avec la famille. J'entendais les portes qui s'ouvrent, les voix qui se croisent, les voitures qui partent puis reviennent, la rumeur douce d'une maison habitée. Très souvent, quand je broutais dans ma prairie, je levais les yeux et je surprenais, derrière une fenêtre, le visage de Marie. Elle ne croyait pas que je la voyais, mais ses regards s'échappaient vers moi comme des papillons fugaces : une attention, un sourire, parfois un geste de la main. Je sentais jusque dans ma poitrine de jument ce lien léger, presque invisible, qui se tissait entre nous. Elle était pour moi la Petite Maîtresse, avec cette façon de me regarder comme si j'étais à la fois son enfant, son amie et son secret le mieux gardé.

Et puis il y avait lui. Le Vieux Maître.

Il n'avait pas besoin de faire grand-chose : la façon dont il s'approchait de mon box, le bruit de ses pas, ce léger raclement de gorge avant qu'il ne parle, tout cela suffisait à me calmer et à me faire avancer d'un demi-pas vers la porte. Quand il posait les yeux sur moi, il ne voyait pas seulement une jument Zangersheide de douze ans, il voyait, je crois, la somme de tous les chevaux de sa vie, ceux qu'il avait montés, ceux qu'il avait formés, ceux qu'il n'oubliait pas. Dans ses mains, il y avait cette gravité tendre des hommes qui savent que chaque nouvelle histoire peut être la dernière grande aventure, le dernier grand amour.

Le confort, lui, avait changé de visage. Fini la paille épaisse qui bruissait sous les sabots : ici, ma litière était en sciure épaisse, souple, moelleuse, discrète. Ça sentait le bois, la résine, quelque chose de propre et d'enveloppant. Dans les prés, l'herbe était un festin, un tapis vert parsemé de ces petites fleurs odorantes qui craquent sous les dents et laissent un parfum de miel. À l'abreuvoir, l'eau avait ce petit goût de pierre, de source, qui vous donne envie de boire juste pour le plaisir : Volvic, La Bourboule, Vichy murmuraient tout près, je ne connaissais pas ces noms, mais je les devinais dans chaque gorgée.

Un matin, Marie décida que j'avais assez vécu en jument de paddock oubliée.

Elle arriva avec ses brosses, son couteau de chaleur, ses peignes, armée de patience et d'un sourire qu'elle ne quittait plus. Sous ses mains, je fondais. Elle délesta ma crinière, allégea, égalisa, jusqu'à ce que je me sente légère comme une pouliche du Prix de Diane. Quand elle s'écarta pour me regarder, ses yeux brillèrent d'une fierté amusée.

— Regarde-la… Comme elle est belle !

Le Vieux Maître, derrière elle, ne protesta pas. Il se contenta d'opiner du chef, avec ce silence approbateur des anciens qui en ont vu d'autres, mais qui, visiblement, étaient conquis. J'avoue, je me « la pétais » un peu. Chaque fois que quelqu'un passait devant mon box, j'inclinais l'encolure, je tournais un peu la tête pour montrer le meilleur profil. On était en droit, tout de même, d'assumer sa beauté.

On me trouva un compagnon de prairie : Django, le « poun's ».

Au début, nous nous jaugeâmes à distance. Lui, petit tonneau sur pattes, l'œil vif, l'air de celui qui en a vu d'autres. Moi, grande jument longiligne, avec mon passé en Bretagne et mes souvenirs de grande solitude. Il me reniflait, je le reniflais, chacun faisait semblant de ne pas trop se soucier de l'autre, comme si la compagnie de quelqu'un n'avait finalement aucune importance. Et puis, sans qu'on sache vraiment quand, l'amitié se posa entre nous. Nous ne formions pas un couple, non. Mais une paire. Deux silhouettes côte à côte, l'une haute, l'autre ronde, partageant les mêmes brins d'herbe et le même coin d'ombre.

Le travail, lui, arriva presque discrètement.

Une première séance, un mardi, « pour voir ». Puis deux autres, qui s'enchaînèrent comme des notes sur une portée. Avant toute chose, il fallut m'habiller. On sortit des guêtres de protection, parfaitement ajustées à mes membres ; une selle confortable, à ma taille, avec un arçon solide qui répartissait le poids de mon cavalier sur toute la matelassure souple et moelleuse.

Je restai un moment surprise. Rien à voir avec cette énorme selle sans arçon qui étouffait chaque mouvement, qui m'avait écrasée pendant des années : lourde, pesante, chaude, avec cet épais tapis de feutre qui couvrait le dos, le rein et le flanc. On étouffe là-dessous. Celle-ci était fine, légère, respirante. Toute l'épine dorsale était aérée, les quartiers laissaient mes flancs libres de s'étendre. On m'avait enfin habillée comme une jument, non comme une bête de somme.

Restait la question du mors. Ah, le mors…

Marie arriva d'abord avec un gros mors simple, à gros canons. Lourd, encombrant, comme un galet qu'on vous met dans la bouche et qu'on vous demande de trouver agréable. J'essayai d'être polie, mais chaque mouvement de langue me rappelait cette présence étrangère. Le Vieux Maître, soucieux, alla chercher un autre modèle : un mors anatomique à double brisure, avec une grosse olive au milieu et de gros canons tout aussi généreux. Une sorte de machine sophistiquée pour « bouche délicate ». On le disait « doux », « confortable » et « adapté ». En réalité, j'avais tout simplement la bouche pleine, je ne pouvais ni avaler ni parler et cela m'agaçait.

Je crois que le Vieux Maître lut très vite mon désarroi dans mes yeux, et dans les petites défenses silencieuses que je lui opposais. Le vendredi, il revint avec une autre idée. Cette fois, un mors tout simple, très fin, un filet Verdun à simple brisure, petit canon. Quand il me le posa, j'eus l'impression d'avoir enfin un peu d'air, de pouvoir respirer, bouger la langue, avaler ma salive comme je l'entendais. Marie, elle, montait avec des mains si légères qu'on aurait dit que la rêne était faite de brume. Avec ce mors-là et ses doigts à elle, je retrouvais un début de confiance.

Le travail à la main vint en premier.

Marcher droit sur la piste, s'arrêter, repartir, s'arrêter encore, parfois à quelques foulées d'intervalle. Des demi-pirouettes renversées à partir de l'arrêt, pour mobiliser mes hanches. Je n'aimais pas trop ce dernier « truc » : mon corps se contractait, se raidissait, comme si chaque fibre se souvenait brusquement de tout ce qu'on m'avait imposé autrefois sans m'expliquer. Le Vieux Maître, lui, ne se fâchait jamais. Il allait doucement, pas à pas, s'arrêtant au moindre signe de résistance excessive, comme s'il me disait : « Je t'ai compris, mais nous y reviendrons. »

Puis ce fut le tour de la longe. Là, j'avoue, mon cœur bondit.

On commença à main gauche, puis, un autre jour, à main droite. La longe était en « premier mode », plus douce, plus coulante que la fameuse longe en Colbert dont j'avais gardé quelque souvenir grinçant. Ce qui me surprit, ce fut l'action sur l'anneau extérieur du mors. Au début, je ne comprenais pas ce qu'il attendait. La longe glissait, se tendait différemment, je me troublais, puis, petit à petit, j'ai senti ce qu'il cherchait : il fallait que je tende moi-même la longe, que j'aille chercher ce contact, en douceur, sur cet anneau extérieur du mors.

Le Vieux Maître avait une très longue longe en cuir souple. Il en jouait comme d'un instrument. Il « pianotait » littéralement, ses doigts couraient dessus, et tout ce qu'il faisait, je le sentais se répercuter jusque dans mon encolure. Il déplaçait sans cesse le cercle, l'agrandissait, le réduisait, me rapprochait de lui, m'en éloignait, toujours avec une précision calme. Nous travaillions beaucoup au pas, comme si chaque foulée était une syllabe d'un langage qu'il m'apprenait. Ensuite venaient le trot, puis le galop.

Au galop, la première fois, je leur offris ma spécialité : dos rond, sauts de mouton, petits bonds de gaieté mêlés de défi. Il ne dit presque rien. Rien de violent, en tout cas. La seconde séance, je recommençai, par habitude, presque par réflexe. C'est là que la mèche de la chambrière claqua près de mon grasset. Le bruit sec me surprit, ma réaction fut immédiate : un bond en avant, droit devant, comme une flèche. Je ne sais pas encore si je retenterai ce petit numéro.

Aujourd'hui, je tourne à la longe aux trois allures, la longe toujours moelleusement tendue. Je déplace mon cercle, je sais m'arrêter droit sur la piste, en conservant ce contact vivant. Avec la longe en indirecte, je me déploie en extension latérale de l'encolure, au pas, au trot, au galop, et toutes mes allures se calent sur un même métronome intérieur, cadencé, régulier. Le Vieux Maître me regarde alors avec un éclat particulier dans les yeux. Il dit qu'il retrouve en moi ses grands chevaux de voltige, ceux qui, au bout de sa longe, dansaient autrefois comme des artistes de cirque. Je sens dans son souffle une fierté qui me réchauffe plus sûrement qu'une couverture.

Sous la selle, ils m'ont abordée avec des égards presque exagérés.
On aurait dit qu'ils avaient devant eux une pouliche non débourrée, prête à exploser au moindre faux pas. Marie montait, le Vieux Maître parlait. Elle obéissait à sa voix comme à une partition précise : tester la réponse aux deux mains, aux deux jambes, puis à une main, puis à une jambe.

Au pas, ils auraient voulu que j'active davantage. Je le sentais aux sollicitations discrètes des mollets. Au trot, ça allait, disaient-ils. Au galop, je ne pus m'empêcher de rejouer mon vieux numéro : premiers départs, coup de dos ; deuxième départ, encore un. Au troisième, ils m'envoyèrent franchement en avant. Alors, au bout de la carrière, j'ajoutai deux ou trois coups de dos pour leur expliquer que je n'appréciais pas cette brusquerie, puis je me dressai.
Debout. En équilibre sur mes postérieurs, le monde basculant un instant autour de moi.

Je pensai surprendre Marie, mais sa réaction fut immédiate : elle me tira vivement vers la gauche, faisant déraper mes hanches vers la droite, rompant net mon équilibre vertical. Je retombai, un peu vexée, un peu désarçonnée dans ma fierté de jument. Puis on repartit. Nouveau départ au galop, cette fois dans le fond du terrain. Grand galop, tout droit vers le Vieux Maître. Arrêt net juste devant lui.

Et là… bonbons.

Les fameux bonbons, ceux à la banane bio, ceux qui disent mieux que les mots : « C'est bien, ma fille, tu peux faire autrement. » Entre deux friandises, il glissa sa main sur mon encolure, caressa le creux de mon épaule, et je sentis dans ce contact tout ce qu'il ne disait pas : sa confiance fragile, sa joie naïve d'homme de soixante-treize ans qui s'offre un dernier grand cheval pour accompagner les dernières années de sa vie de cavalier.

Aujourd'hui, après notre troisième séance, je me déplace aux trois allures en gardant la cadence. J'apprends à jouer avec mon encolure, à l'allonger, à la remonter à volonté. Au pas, je mobilise mes hanches jusqu'à la demi-pirouette renversée. À l'arrêt, sur la piste, je donne mes flexions latérales. Et, comme une cerise sur ce gâteau encore un peu bancal, je saute une petite barre, isolée, juste pour leur montrer que je peux.

Mais surtout, il y a tout le reste.

Les câlins, les bisous, les bonbons donnés sans compter. La voix de Marie qui glisse mon nom comme une caresse. Les doigts du Vieux Maître qui se perdent au coin de mes naseaux. Les regards échangés au-dessus de mon encolure, lui et elle, comme deux parents qui se découvrent une fierté commune.

Je ne sais pas jusqu'où nous irons ensemble.

Ce que je sais, c'est qu'ici, en Bourbonnais, entre le Puy de Dôme au loin, Django à mes côtés, la maison qui vit derrière les fenêtres, la main de Marie sur ma rêne et celle du Vieux Maître au bout de ma longe, je commence enfin à croire que ma vie n'est plus une suite d'abandons, mais un roman-feuilleton.

La suite ?

Détente… au prochain épisode.

26/01/2026

JUNO Z , journal intime d’un « cheval de sport ». Chapitre 4 : Les premiers jours au bout de la longe Plus d'une semaine que j'ava...

29/11/2025
LE VOYAGE et L’ARRIVEEJe vous ai déjà raconté dans mes précédentes lettres : moi, jument, Zanguersheid, 14 ans, sang pre...
29/11/2025

LE VOYAGE et L’ARRIVEE

Je vous ai déjà raconté dans mes précédentes lettres : moi, jument, Zanguersheid, 14 ans, sang prestigieux, née au Danemark et importée toute petite – sept mois à peine – en Bretagne. Ma première maîtresse, une Britannique passionnée, m’a entourée d’amour plus de six ans avant de s’évanouir dans le silence. Je vous avais décrit la longue nuit qui suivit, ces cinq années de vide et d’errance… et puis, enfin, le miracle : la rencontre qui a ressuscité mon cœur.

C’était le 28 mai dernier, le Vieux Maître entrait dans ma vie. Quelques jours plus t**d, bien trop tôt, le 30, il me quittait. Déjà !
En si peu de temps, j’avais pris goût à ses visites, quand il venait me voir au boxe ou au paddock, j’étais le centre de son univers, il me gâtait, me caressait, me murmurait des mots doux, me couvrait de câlins. Ces délices-là mettaient refusés depuis plus de cinq ans.
Donc il me laissait là, mais il promettait qu'il reviendrait vite, très vite.

Un dernier bisou, un dernier bonbon, et je l'ai regardé s'en aller. Sur le chemin il se retournait tout le temps pour me faire coucou avec la main. Et puis pouf, plus rien : il avait disparu derrière l'écurie. Moi je suis retournée dans mon coin du paddock, et j'ai attendu, attendu, attendu… six grands jours à ne regarder que le chemin, rien que le chemin.

Le 6 juin, branle-bas de combat ! Les chevaux sortent comme d’habitude au paddock, en cortège derrière « le bonhomme » et sa sono de ceinture… Moi, je reste au box.

« Le bonhomme » à la sono me fait un grand pansage, une vraie cure de beauté ! De la tête à la queue, il me brosse, me frotte, me lustre. Je resplendis comme un sou neuf. Un dernier coup de rappe puis de graisse aux pieds et me voilà magnifique. Il y avait bien longtemps que je n’avais pas été apprêtée comme cela.

En fin de matinée, j'ai vu arriver celle qui m'avait présentée au Vieux Maître – la « cavalière-influenceuse-maison ». Elle m'inspecta, puis ajouta sa petite touche personnelle au pansage : un coup de chiffon autour des yeux et des oreilles, un coup d'éponge sous la queue. Elle se recula pour m'observer. Je devais lui convenir, car on me laissa là, attachée à la barrière du box.

Je n’attendis pas longtemps.

En fin de matinée, un superbe camion bleu, peint aux a***s d’une écurie de course, fit son entrée dans la cour de la pension. Après un demi-tour, il vint se garer devant les boxes.

Bien sûr, je me doutais que cette mise en scène – le toilettage exceptionnel, l'attente, ce camion – était pour moi, mais je ne voyais pas le Vieux Maître.

Une jeune femme et son mari descendirent du camion, accueillis par la cavalière-maison. Après une longue discussion, ils s’approchèrent.

Elle, la jeune femme entra dans le box, tendit le bras vers moi et me parla. Elle avait la même intonation, les mêmes expressions, les mêmes gestes que le Vieux Maître : c’était sa fille ! Elle venait me chercher.

Mon cœur battait la chamade. Cette femme et ce camion étaient pour moi, je partais enfin ! Je quittais cette pension froide, ce "bonhomme" et sa musique glauque, la méchante jument qui m’avait tant fait souffrir, ce paddock sans horizon. Je m'en allais.
Tout s'accéléra. J'appris que la jeune femme, la fille du Vieux Maître, se nommait Marie. Elle me caressait et me faisait des bisous comme son père, et ses bonbons avaient le même goût. Son mari s'impatientait : il y avait de la route.

Aussitôt, Marie me prépara : guêtres de transport, protège-queue, et un licol de cuir flambant neuf. On m'embarqua sans problème dans le camion, mais la position m'étonna : j'étais "à l'envers", la tête tournée vers l'arrière.

Le camion se mit à rouler. Par la fenêtre arrière, je vis défiler ce paysage familier que je quittais. Les hennissements d’adieux des chevaux dans les paddocks – auxquels je répondis plusieurs fois – résonnèrent jusqu'à la traversée du village, sous le son des cloches de l'église.

La route fut longue, mais loin d'être ennuyeuse. Marie et son époux s'arrêtaient régulièrement pour venir me rassurer. Le soir, nous fîmes étape à Angers. Marie m'expliqua que nous étions à mi-chemin et que je passai la nuit ici, dans un box inconnu, entourée de chevaux étrangers. Je dormis peu.

Dès le lendemain, nous repartîmes. Le voyage me parut plus court. À un moment, nous quittâmes la grande voie pour emprunter de petites routes tortueuses. Ça montait beaucoup. Je sentis que nous arrivions.

Le camion s'arrêta. Le pont s'ouvrit lentement et, soudain, le paysage s’illumina : le Vieux Maitre que je reconnus aussitôt et ma nouvelle famille étaient là pour m'accueillir. Des chevaux hennissaient dans les prés !

Marie me détacha et me fit descendre du camion. Au pied du pont, « Mon » Vieux Maître ! Les la***s aux yeux tenait ses superbes bonbons à la banane bio. À ses côtés, la "Bonne Maman", sa femme, la mère de Marie, elle mitraillait de photos. Enfants et petits-enfants défilèrent, m'admirant, me caressant, me flattant : j'étais une véritable star !

Apres quelques tour en main dans mes nouvelles prairies à l’herbe grasse, on me présenta ma nouvelle écurie : chaleureuse, tout en bois, construite par le Vieux Maître lui-même. J'héritais du box de Doli, partie peu de temps auparavant – tout un honneur !

Ma voisine immédiate, Umy, semblait un peu "kon-kon". Elle couinait pour un rien, mal-aimable, mais bon, elle était née ici. Deux autres étaient là : Liverstock, un vieux trotteur sympathique au drôle de nom, et puis Django, un "poun's" rond comme une bille, le poney de la plus jeune fille de la maison.

Une chose était certaine : on devait bien manger ici, car ils étaient tous bien gras, comme moi...

On m'accorda deux ou trois jours pour m'adapter avant que le Vieux Maître et sa fille ne s'occupent de moi. On me parla de "construction des bases", de "barres au sol", de "flexions"... Je ne savais pas du tout de quoi il s'agissait. Ça ne devait pas être bien méchant, les autres n'avaient pas l'air traumatisés. On verra bien, je vous tiendrai au courant...

Juno.

PS : pour retrouver mes lettres précédentes sur mon blog,
CLIQUEZ ICI > https://junozchevaldesport.blogspot.com

21/11/2025

La rencontre.

Cela fait cinq ans que ma maîtresse est partie me laissant seule ou presque dans cette pension des Côtes-d’Armor. Cela fait cinq ans que je sors le matin au paddock que je partage avec une très mauvaise copine, une jument dominatrice qui me menace sans cesse, m’interdit l’accès à l’abreuvoir et m’empêche de quitter le coin de mon paddock. Cela fait cinq ans que je regarde le chemin de l’écurie en espérant y voir ma maîtresse déboucher, licol à la main pour venir me chercher. Cela fait cinq ans que l’on vient me chercher le soir pour me rentrer au boxe collectif que je partage toujours avec la même horrible jument acariâtre et revêche.

Voilà le rythme de ma vie. Le matin comme le soir, je déambule en bout de longe, derrière « un bonhomme », qui n’est pas méchant, mais complètement absent. Il nous mène deux par deux au paddock, en écoutant une petite sono de ceinture qui distrait à longueur de journée sa vie monotone de célibataire isolé. Mécaniquement, il nous lâche au paddock et disparaît pour la journée. Le soir, même scénario en sens inverse.

Certes, je ne manque de rien, les boxes sont largement paillés, et les paddocks bien propres. Le dentiste me visite chaque année, et lui, « le bonhomme », adepte du pied nu, pare mes pieds très régulièrement. C’est le seul contact un peu affectif auquel j’ai droit.

Ce 28 mai 2023, elle arrive ! Elle, c’est une habituée de la pension, une influenceuse locale qui se mêle de beaucoup de choses et apporte bien souvent son aide et ses connaissances aux dirigeants des écuries. Elle s’intéresse à moi depuis quelques temps, elle est venue me voir à plusieurs reprises. Je sais qu’elle a demandé plein d’informations me concernant et qu’elle a emporté mes papiers pour les montrer à quelqu’un. La voilà donc… Mais aujourd’hui, elle n’est pas seule.

Un vieux cavalier l’accompagne, cela se voit sa démarche. J’appris que c’était son maître de manège et qu’il venait voir qui j’étais et si je lui plaisais.

En discutant, ils rentrent dans le paddock. Elle, va s’occuper de contenir la jument mal aimable. Moi, profitant de cette liberté, je quitte le coin du paddock où je suis cantonné, et m’aventure à brouter quelques touffes d’herbe qui me tentent depuis longtemps.

Le vieux maitre de manège s’approche de moi, tout doucement, il tend sa main vers moi. Je fin de l’ignorer ! Je ne voudrais pas passer pour une jument facile ! Il me parle, doucement, il me charme, je craque, je m’approche de lui.

Je renifle sa main, elle contient un bonbon. Il est sympa ce gars-là ! Puis, je le renifle partout, il m’enlace, et m’embrasse, il m’embrasse doucement au coin des naseaux et me dit :
• « Tu sens si bon le cheval ! »
• Comme ma première jument qui s’appelait F***y il y a 63 ans »

Ce fut le coup de foudre. Il pleurait dans mon oreille en me disant :
• « j’ai 73 ans tu seras mon dernier cheval » !

Elle, l’élève, l’influenceuse qui dirigeait les opérations et lui le vieux maître, sont restés dans le paddock un bon moment, ils discutaient des conditions dans lesquelles je pourrais être adoptée. Lui, me tripotait de partout, me caressais, auscultait mes yeux, mes oreilles, mes dents, mes pieds, tous tordus disait-il ! Mais chaque fois qu’il passait devant mon bout du nez j’avais droit à un bonbon, chaque fois que sa tête s’approchait de la mienne j’avais droit à un ba**er. Il y avait si longtemps !

Cette rencontre, pleine d’émotion, a duré près d’une heure, une heure de bonheur.

C’est avec regret que je les ai regardés partir mais, je me rassurais en sentant bien que j’allais le revoir bien vite.

Plusieurs fois, « le bonhomme » de la pension m’avait monté sous la selle et m’avait fait essayer par des gens que je ne connaissais pas, chaque fois cela s’était mal passé, je me mettais debout, je leur faisais peur, ils partaient. Lui, le vieux maître, est revenu tous les jours pendant quatre ou cinq jours, il m’a vu sous la selle, ce ne fut pas brillant mais le vieux maitre mis cela sur le compte de la maladresse et du manque de savoir-faire des gens qui me présentaient. Il m’aimait déjà… et moi, j’attendais de le retrouver au paddock ou au box pour recevoir bonbons, caresses et ba**ers.

Le dernier jour, il est venu me voir, il m’a embrassé plus fort que d’habitude et m’a dit qu’il allait très vite venir me chercher pour m’emmener chez lui, m’y garder et me chérir. C’était le 28 mai.

À peine huit jours plus t**d, le 3 juin, sa fille, Marie, ma nouvelle maîtresse est venue me chercher avec un super beau camion pour un voyage de deux jours vers ma nouvelle famille et ma nouvelle demeure.

À très bientôt sur cette page pour la suite de cette histoire.
Juno Z

Journal intime d'un "cheval de sport".Je m’appelle Juno ; Juno Z. Je suis une jument Zanguersheide de 14 ans. Je suis né...
19/11/2025

Journal intime d'un "cheval de sport".

Je m’appelle Juno ; Juno Z. Je suis une jument Zanguersheide de 14 ans. Je suis née en 2011 sur l’ile de Seeland au Danemark que j’ai quitté au sevrage à l’âge de sept mois pour la Bretagne, chez Sally, ma première maîtresse, une britannique amoureuse de chevaux.
Dès lors, rien ne me manqua et je fus très heureuse, choyée et gâtée jusqu’au jour où ma maîtresse adorée disparue dans des conditions tragiques.

Cette catastrophe ne m’a pas privée de ce qui est vital, mais je fus spoliée de toute affection et oubliée.... J’étais soignée convenablement mais sans amour et livrée aux vindictes d’une jument dominante et agressive qui me pourrissait la vie !

Fini la tendresse, plus de câlins jusqu’au jour où ou un vieux Maître de manège vint donner des leçons dans la pension où j’étais parquée.

Nos regards se sont croisés, sa famille m’a adoptée et je quittais la Bretagne pour les contreforts du Massif Central.

J’avais à nouveaux une famille aimante et un chez-moi. J’entamais alors une reconversion. De cheval de loisirs j'allais devenir cheval de sport.

C’est l’histoire que je vais vous raconter sur cette page mais aussi sur mon blog dont voici l’adresse : https://junozchevaldesport.blogspot.com/

Adresse

Fourilles
03140

Notifications

Soyez le premier à savoir et laissez-nous vous envoyer un courriel lorsque JUNO Z publie des nouvelles et des promotions. Votre adresse e-mail ne sera pas utilisée à d'autres fins, et vous pouvez vous désabonner à tout moment.

Contacter L'entreprise

Envoyer un message à JUNO Z:

Raccourcis

Partager