02/09/2026
🦠 VIRUS SHAMONDA (SHAV) : une émergence à surveiller chez le cheval
Un nouvel élément mérite l’attention de la filière équine : le virus Shamonda (SHAV), un orthobunyavirus du sérogroupe Simbu, a récemment été détecté dans le cerveau de chevaux présentant un syndrome neurologique en Suisse.
🇨🇭 Plusieurs cliniques vétérinaires suisses rapportent actuellement une augmentation du nombre de chevaux présentant des signes neurologiques, parfois associés à de la fièvre, provenant de différentes régions.
Cette alerte a été lancée grâce au réseau suisse d’épidémiosurveillance équine Equinella que nous remercions pour son travail de surveillance et le partage rapide de ces informations avec la communauté vétérinaire.
🐴 Quels signes cliniques sont rapportés ?
Les chevaux atteints peuvent notamment présenter :
* une apathie marquée et une somnolence ;
* des signes d’atteinte du prosencéphale, d’intensité variable ;
* une ataxie, parfois très prononcée ;
* des fasciculations musculaires ;
* une hyperesthésie ;
* des signes vestibulaires : port de tête incliné, nystagmus ou strabisme.
La sévérité est variable : certains tableaux restent modérés, tandis que des formes neurologiques sévères ayant nécessité une euthanasie ont également été observées.
Les paramètres sanguins peuvent rester dans les valeurs usuelles. L’analyse du liquide céphalorachidien peut être normale ou mettre en évidence une pléiocytose lymphocytaire.
Les recherches réalisées jusqu’à présent pour plusieurs agents infectieux classiquement impliqués dans les syndromes neurologiques équins, notamment EHV-1/EHV-4, virus West Nile, virus de l’encéphalite à tiques, Borrelia et Anaplasma, se sont révélées négatives dans les cas investigués.
⚠️ Ces données sont extrêmement récentes et doivent encore être consolidées. La détection du SHAV dans le tissu cérébral de chevaux atteints constitue un signal important, mais son rôle causal dans ces syndromes neurologiques n’est pas encore établi. Des investigations complémentaires, notamment par séquençage à haut débit (NGS), sont en cours.
🔬 Quels prélèvements en cas de suspicion ?
Une PCR SHAV est actuellement réalisable sur tissu cérébral. Les premières données suggèrent cependant que la virémie pourrait être très fugace, ce qui rend probablement la PCR sur sang peu sensible en dehors d’une fenêtre très précoce d’infection.
Il reste néanmoins essentiel de collecter et conserver un maximum de produits biologiques lors de syndromes neurologiques inexpliqués. Des tubes secs et EDTA peuvent notamment être adressés au laboratoire afin de permettre les investigations disponibles aujourd’hui, mais également d’éventuelles analyses rétrospectives lorsque les connaissances et les outils diagnostiques auront progressé.
En cas de décès ou d’euthanasie, le prélèvement d’encéphale revêt actuellement un intérêt tout particulier.
📞 Les vétérinaires confrontés à des syndromes neurologiques inexpliqués ou ayant une suspicion de SHAV peuvent contacter LABÉO ou leur laboratoire vétérinaire départemental afin d’échanger sur les prélèvements à réaliser et les modalités d’investigation.
🇫🇷 En parallèle, le RESPE (Réseau d’Épidémio-Surveillance en Pathologie Équine) est associé au suivi de la situation et des éventuels cas équins en France. Le signalement des syndromes neurologiques est essentiel pour permettre de documenter leur distribution et leur évolution.
🐄 Le SHAV circule également chez les ruminants en Europe. En France, une attention particulière peut donc être portée aux secteurs où des cas ont été identifiés chez les bovins, même si l’existence d’un lien épidémiologique avec d’éventuels cas équins reste à démontrer.
🐴 Et lors d’avortements ?
Chez les ruminants, les virus du sérogroupe Simbu sont notamment connus pour leur tropisme fœtal et leur implication dans des troubles de la reproduction. Dans le contexte actuel, la recherche exploratoire du SHAV pourrait également être envisagée lors d’avortements équins inexpliqués, en particulier dans les zones où une circulation virale est documentée chez les ruminants. Il s’agit à ce stade d’une démarche exploratoire et non d’une indication diagnostique validée chez le cheval.
👉 À retenir : nous sommes face à un signal émergent, avec encore beaucoup d’incertitudes. La collecte rigoureuse des informations cliniques et épidémiologiques, le signalement des cas ainsi que la conservation de prélèvements adaptés seront essentiels pour déterminer si le SHAV joue effectivement un rôle dans les syndromes neurologiques observés chez le cheval.
🔎 LABÉO, en lien avec le RESPE et les différents acteurs de la surveillance épidémiologique, suit attentivement l’évolution de la situation et vous tiendra informés au fur et à mesure de l’acquisition de nouvelles données.