09/06/2026
Votre téléphone vous éloigne de votre cheval
Vous préférez être connecté à votre cheval… ou au monde ?
C’est une question que je me pose souvent lorsque je vois un cavalier à cheval avec son téléphone à la main ou des écouteurs dans les oreilles.
Ce n’est pas une question d’âge, ni une opposition à la technologie. C’est avant tout une réflexion sur notre manière d’être avec nos chevaux et sur la qualité de la relation que nous prétendons construire avec eux.
Nous passons beaucoup de temps à chercher des méthodes, des exercices, des techniques ou des équipements pour améliorer notre équitation. Pourtant, nous oublions parfois l’essentiel : le cheval est un être vivant qui a besoin de notre attention. Il est même probable que notre présence soit l’un des plus beaux cadeaux que nous puissions lui offrir.
Le cheval vit dans l’instant présent. Il observe, ressent, analyse et perçoit bien plus de choses que nous ne l’imaginons. Il est attentif à nos intentions, à nos émotions, à notre énergie et à la cohérence de nos actions. Lorsqu’il est avec nous, il est totalement disponible.
La vraie question est donc simple : sommes-nous capables de lui offrir la même qualité de présence ?
Imaginez que vous retrouviez un ami cher après plusieurs semaines d’absence. Vous commencez à lui parler de quelque chose qui vous tient à cœur, mais il consulte son téléphone toutes les trente secondes, répond à des messages et semble davantage intéressé par ce qui se passe ailleurs que par votre conversation.
Vous auriez rapidement le sentiment de ne pas être vraiment écouté.
Avec le cheval, c’est finalement assez comparable. Bien sûr, il ne raisonne pas comme un être humain, mais il ressent parfaitement la qualité de notre attention. Il sait lorsque nous sommes réellement avec lui. Et il sait tout aussi bien lorsque notre esprit est ailleurs.
Les chevaux adorent l’interaction. Ils aiment que nous les regardions, que nous nous intéressions sincèrement à eux et que nous mettions du cœur dans ce que nous faisons. Ils répondent avec une générosité incroyable lorsqu’ils sentent un cavalier impliqué, enthousiaste et sincèrement connecté à eux.
À l’inverse, lorsque notre attention est dispersée, la relation perd naturellement de sa richesse.
Le téléphone nous détourne du cheval au moment même où le cheval essaie de se connecter à nous.
Je le constate chaque jour avec mon propre cheval. Au fil des années, nos interactions sont devenues une source de confiance, de complicité et de plaisir partagé. J’essaie de faire en sorte que chaque moment soit positif, enrichissant et parfois même ludique. Le jeu est un formidable outil d’apprentissage. Il permet au cheval de progresser tout en conservant sa motivation et son envie de participer.
Mais une telle relation ne se construit pas par hasard.
Elle naît de l’attention que nous accordons à l’autre, du temps que nous partageons réellement ensemble et de notre capacité à être présents.
Aujourd’hui, ce qui m’inquiète, c’est que l’habitude de téléphoner à cheval semble devenir normale. On voit des cavaliers consulter leur écran en selle, conserver des écouteurs pendant toute leur séance ou discuter sans interruption avec leur entourage.
Pourtant, l’équitation est l’une des rares activités qui nous offre encore la possibilité de nous déconnecter du monde pour nous reconnecter à l’essentiel.
Car monter à cheval ne consiste pas simplement à diriger un animal d’un point à un autre.
C’est une conversation permanente.
Chaque action produit une réaction. Chaque changement de posture, chaque intention, chaque émotion influence le cheval. Lorsque nous sommes pleinement attentifs, nous développons notre ressenti. Nous percevons les détails, les progrès, les hésitations, les tensions et les moments de relâchement.
C’est dans cette écoute que naît la véritable équitation.
Bien sûr, il existe aussi une question de sécurité. Un cheval reste un animal puissant, capable de réagir instantanément à un événement inattendu. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la Fédération Équestre Internationale interdit désormais l’utilisation des téléphones pour les cavaliers en selle et à pieds dans les paddocks d’échauffement.
Mais, à mes yeux, le sujet va bien au-delà de la sécurité.
Le véritable danger du téléphone est peut-être de nous faire passer à côté de ce que les chevaux ont de plus précieux à nous offrir.
Dans un monde où tout cherche à capter notre attention, le cheval nous enseigne exactement l’inverse. Il nous invite à ralentir. À observer. À ressentir. À vivre pleinement l’instant présent.
Il nous apprend la patience dans un monde d’immédiateté.
L’écoute dans un monde de bruit.
La présence dans un monde de distraction.
Peut-être est-ce là l’une des plus grandes leçons qu’ils ont à nous transmettre.
Lorsque nous mettons le pied à l’étrier, nous avons une occasion devenue rare : celle d’être totalement présents. Les messages peuvent attendre. Les notifications aussi. Les réseaux sociaux seront toujours là plus t**d.
En revanche, ce moment partagé avec notre cheval est unique.
Une fois passé, ce moment n’existera plus jamais exactement de la même manière.
Nos chevaux méritent notre attention, notre écoute, notre engagement et notre respect.
Alors, la prochaine fois que vous monterez à cheval, essayez une chose très simple : laissez votre téléphone de côté.
Vous découvrirez peut-être ce que beaucoup de cavaliers recherchent toute leur vie : cette sensation extraordinaire où la communication devient si fluide que les mots ne servent plus à rien, où la confiance s’installe naturellement et où le cheval et le cavalier semblent avancer dans la même direction, portés par une compréhension mutuelle.
Car la plus belle connexion n’a jamais eu besoin de réseau.
Elle a simplement besoin de présence.
Sportivement vôtre,
Éric
Crédit photo: Studio Jaune Citron Normandie
Seul au monde avec mon cheval.
Parce qu’il existe encore des endroits où l’on peut se déconnecter du bruit du monde pour se reconnecter à l’essentiel.
Et surtout à lui.