20/08/2026
Entre "tout est coulé dans la génétique" et " manque d'éducation" il est important de remettre de la nuance.
Génétique, épigénétique, éducation façonnent nos compagnons mais pas que ... expériences, âge, milieu de vie, ... sont à chaque fois à prendre en considértation
🐾 « TOUT EST UNE QUESTION D’ÉDUCATION » ? 🐾
Éduquer un chien, c’est à dire lui enseigner ce qu’il peut et ne peut pas faire dans notre société humaine forcément limitante pour un animal, est bien évidemment indispensable pour le confort de tous. Revenir au rappel, marcher en laisse sans arracher le bras de son propriétaire, apprendre à côtoyer, de près ou de loin, des congénères, d’autres humains, des poules ou des chats, font partie, entre autres, des enseignements qui peuvent rendre la vie plus facile à l’entourage du chien. Bien sûr, selon l’environnement dans lequel le chien vit et les priorités de son humain en matière d’éducation, les enseignements varieront : on mettra l’accent sur le fait d’éviter de sauter sur tout le monde si notre chien est un Saint-Bernard, tandis que s’il s’agit d’un Yorkshire, on pourra estimer que cette demande est sans intérêt. Certains laisseront leur chien monter sur le canapé, d’autres non. Il n’y a aucune règle absolue, et chacun fait ce qu’il veut chez lui, l’essentiel restant, à mes yeux, de respecter les personnes qui vivent autour de soi, et d’enseigner de nouveaux comportements dans la joie et le respect, et non pas dans la coercition.
Rappelons aussi que ce que l’on nomme couramment « éducation », c’est à dire enseigner de nouveaux comportements pour remplacer des comportements jugés « indésirables » pour l’humain mais tout à fait normaux d’un point de vue canin, ne devrait être envisagée qu’après avoir pris soin de s’assurer que les besoins du chien sont comblés : par exemple, n’attendez pas d’un chien qui ne sort pas suffisamment de chez lui, d’être calme et posé le jour où il sort en promenade. Pour que la promenade devienne un « non événement » pour le chien, et donc que Médor ne soit pas hystérique à la vue de sa laisse, la promenade doit avoir lieu régulièrement et être qualitative. Une heure par jour me semble un grand minimum. Enfin, ce n’est pas le sujet ici.
Justement, dans cet article, ce que je souhaite mettre en avant, c’est le fait que l’éducation est loin, mais alors bien loin, de faire le chien. C’est pourquoi je déteste l’expression « Tel maître, tel chien » ou encore le lieu commun qui consiste à penser que « Tout est une question d’éducation ». Dans presque 100% des cas, les personnes qui affirment ce genre de chose sont des personnes qui n’ont encore jamais croisé la route d’un chien craintif ou réactif. Affirmer que l’éducation fait tout, c’est accuser indirectement les propriétaires de chiens qui rencontrent des problèmes, d’être de « mauvais maîtres ». C’est aussi nier l’immense impact de la génétique sur le comportement du chien, l’influence d’une maladie potentielle pouvant provoquer des comportements « non souhaités », le passé éventuel de l’animal… Quand je travaillais en refuge, il arrivait que des familles « craquent » sur des chiens pas toujours évidents à gérer au quotidien, des chiens que bien peu de personnes auraient eu le courage d’accueillir dans leur vie. Pourtant, après l’adoption, ces personnes ont forcément subi le regard peu amène de certains passants, ces derniers jugeant que l’animal était « mal éduqué » et que ses propriétaires ne remplissaient pas correctement leur rôle de pupille, alors qu’ils n’étaient strictement pour rien dans le comportement de ce chien au passé compliqué.
Malgré toute « l’éducation » et tout l’amour du monde, certains chiens resteront compliqués à gérer toute leur vie, et on ne transforme pas un chien excitable, irritable ou peureux en un individu placide. D’autre part, le passé d’un chien maltraité ne peut pas être effacé d’un coup de baguette magique grâce à « l’éducation » : qui irait penser qu’un enfant qui a subi des violences guérirait de son passé en apprenant qu’il faut dire « Merci » et ne pas mettre les coudes sur la table ? Oui, oui, un chien n’est pas un enfant, mais c’est un être sentient qui ne se remet pas du jour au lendemain d’une expérience traumatisante.
Enfin, j’ajouterai que si « l’éducation » était à la base de tout, mes quatre chiens, évoluant dans le même environnement, présenteraient des comportements identiques face à des situations similaires. J’ai pourtant un American Staff « Bouddha », qui reste impassible dans presque toutes les situations et qui tolère tout et tout le monde, un Border au passé délicat que j’évite toujours de mettre en contact avec des personnes inconnues car il a le coup de croc facile en cas d’émotion négative ou de contact non souhaité par une personne tierce, et deux plus jeunes Borders au tempérament encore très différent de celui de mes deux chiens les plus âgés. Si l’éducation faisait tout, nous sommes d’accord sur le fait qu’ils seraient tous les quatre semblables. D’ailleurs, j’ai souvent eu en séance des propriétaires dépassés par un jeune chien qu’ils avaient éduqué pourtant exactement de la même façon que leur premier toutou qui lui, était « parfait » à leurs yeux.
Cet article n’est certainement pas une invitation à ne plus éduquer son chien. Quelques enseignements simples et logiques pour l’animal peuvent être inculqués au chien, à partir du moment où la relation avec lui est déjà de qualité, où ses besoins de sécurité sont pris en compte, et où il bénéficie d’un vie de chien comblé. Mais ne pensez pas que vous ferez de votre toutou réactif congénères, ce que fait votre voisin qui promène son chien partout sans laisse : sûrement que ce dernier n’est pas particulièrement attiré par les congénères, les chats qui s’enfuient sous son nez ou les gens qui passent. Ce que l’on peut se permettre avec lui n’est pas ce que l’on peut se permettre avec un autre.
Enfin, même si votre chien est facile à vivre, s’il vous plaît ne jugez pas les personnes qui rencontrent des difficultés avec leur compagnon. Vous ne savez rien sur elles, ni sur le passé de leur animal. Votre chien est peut être « parfait », et vous avez sûrement une bonne relation et des notions d’éducation canine, mais il a aussi sûrement un tempérament docile à la base. Soyez tolérants envers les propriétaires de chiens qui écument en bout de laisse, parce que ces personnes ont le courage de continuer à sortir leur chien malgré les difficultés, et elles n’ont certainement pas choisi qu’il soit ainsi. Si vous pouvez les aider, en prenant de la distance quand vous les croisez avec votre chien par exemple, et si vous leur adressez un sourire plutôt qu’un regard plein de jugement, elles apprécieront à coup sûr votre coopération. Si un jour, le destin met un chien « compliqué » sur votre route, vous apprécierez vous aussi de ne pas être jugé à chaque coin de rue, et de ne plus entendre cette maudite phrase qui consiste à dire que « Tout est une question d’éducation ».
Elsa Weiss / Cynopolis Formations
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